Au plus fort de la crise le long du Nil Blanc, le centre d'accueil de Kosti recevait jusqu'à 1 500 personnes déplacées chaque semaine. La plupart arrivaient sans rien. Pour les femmes, la situation était encore plus préoccupante. Près de six sur dix étaient en âge de procréer et beaucoup étaient restées des mois sans aucun accès aux soins de santé : pas de suivi prénatal, pas de contraception, aucun accompagnement pendant la grossesse ou après une fausse couche. Les quelques structures de santé existantes étaient débordées et peinaient à répondre à une demande en constante augmentation.
C'est dans ce contexte que WISH 2 est intervenu.
Par l'intermédiaire de son partenaire SFPA, le programme a déployé une clinique mobile afin d'apporter les soins directement aux personnes déplacées, là où les services de santé avaient pratiquement disparu. L'équipe, volontairement légère mais hautement qualifiée, était composée d'une infirmière, d'une sage-femme, d'un agent de santé communautaire et d'un agent chargé de la collecte des données. Elle n'apportait pas seulement des médicaments et du matériel médical, mais aussi un système permettant de fournir des soins, de les documenter et d'adapter les interventions en fonction des besoins observés en temps réel.
Un après-midi, Fatima, une femme de 28 ans, est arrivée à la clinique mobile après avoir fait une fausse couche au cours de son périple vers le nord. Très affaiblie, souffrant de malnutrition et d'une importante hémorragie, elle n'aurait probablement pas survécu sans une prise en charge immédiate. La sage-femme soutenue par WISH 2 l'a stabilisée grâce au misoprostol contenu dans la trousse de médicaments d'urgence du programme, avant d'organiser son transfert vers l'hôpital le plus proche. Cette intervention n'a pas seulement sauvé sa vie : elle lui a permis de retrouver un accès à un système de santé dont elle était privée depuis longtemps.
« Nous sommes arrivés ici sans rien. La clinique mobile a été la première preuve que quelqu'un se souvenait de notre existence », témoigne Fatima.
En seulement trois mois, la clinique mobile est devenue une véritable bouée de sauvetage. Elle a assuré 2 847 consultations, sensibilisé plus de 1 200 femmes à la planification familiale et permis à près de 900 femmes d'accéder à une méthode contraceptive. Pour beaucoup, c'était la première fois depuis des mois — parfois davantage — qu'elles pouvaient prendre des décisions éclairées concernant leur avenir. Les consultations prénatales, souvent parmi les premiers services à disparaître en situation de crise, ont également repris, offrant un suivi essentiel à des femmes qui étaient jusque-là restées sans soins ni accompagnement. Mais le véritable impact de WISH 2 se mesure surtout à ce qui s'est passé ensuite.
Six semaines plus tard, Fatima est revenue.
Cette fois, elle n'arrivait pas dans une situation d'urgence. Elle est venue choisir une méthode de planification familiale et remercier l'équipe. Son retour racontait une histoire plus vaste : l'accès aux soins était passé de la réponse d'urgence à une véritable continuité des services. Ce qui avait commencé par une intervention destinée à lui sauver la vie était devenu une porte d'entrée vers un accompagnement durable en santé sexuelle et reproductive.
« Au début, les leaders communautaires étaient réticents à s'impliquer », explique un conseiller en santé sexuelle et reproductive de la clinique mobile. « Mais au fil des séances, la confiance s'est installée. Ceux qui étaient d'abord opposés à notre présence ont commencé à participer régulièrement et, en quelques semaines, certains nous demandaient même d'organiser ces discussions dans leurs propres villages. Ce qui n'était au départ qu'une activité de sensibilisation est rapidement devenu une initiative portée par la communauté elle-même. »
C'est là toute la valeur ajoutée de WISH 2. Au-delà de la prestation de services, le programme rétablit l'accès aux soins là où il s'est effondré, restaure la confiance lorsque les systèmes de santé ont failli et crée un continuum entre la réponse d'urgence et des soins durables. Il veille ainsi à ce que les populations vivant dans des contextes fragiles ne soient pas laissées pour compte.
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country
Sudan
region
Africa