Dans les paysages arides et isolés du district de Dubti, dans la région de l'Afar en Éthiopie, un accès rapide à des soins empreints de compassion peut faire toute la différence entre le silence et la reconstruction. Pour de nombreuses survivantes de violences sexuelles et basées sur le genre (VSBG), en particulier les adolescentes, cet accès reste pourtant limité, en raison de la stigmatisation, de systèmes d'orientation insuffisants et d'un manque de coordination entre les services.
L'histoire de Hawa aurait pu s'arrêter là.
À seulement 17 ans, Hawa était élève en classe de troisième, connue pour son sérieux et sa détermination. Un soir, alors qu'elle se rendait dans une boutique voisine, elle a été enlevée puis victime d'une agression sexuelle. Blessée et abandonnée au bord de la route, elle a été retrouvée par des membres de sa communauté, qui l'ont aidée à se rendre au poste de police, puis au Centre de prise en charge intégrée (One Stop Center) de l'hôpital général de Dubti.
Mais la suite de son parcours a tout changé.
Grâce au projet WISH 2, mis en œuvre par la Family Guidance Association of Ethiopia (FGAE), Hawa a immédiatement intégré un dispositif de prise en charge centré sur les survivantes. Une gestionnaire de cas spécialisée dans les VSBG l'a accompagnée tout au long de son parcours, veillant à ce qu'elle soit non seulement soignée, mais aussi écoutée, protégée et soutenue.
Elle a bénéficié de soins médicaux d'urgence, notamment d'une prise en charge clinique après un viol et de deux jours d'hospitalisation pour un suivi rapproché, avant de poursuivre sa récupération physique grâce à des consultations régulières. Elle a également reçu un accompagnement psychosocial structuré, lui permettant de surmonter son traumatisme et de retrouver progressivement une stabilité émotionnelle.
« Au début, j'avais l'impression que ma vie était finie », confie Hawa. « Mais le soutien que j'ai reçu m'a redonné l'espoir d'avoir un avenir. »
Il ne s'agissait pas d'une intervention ponctuelle, mais d'un système coordonné, renforcé dans le cadre de WISH 2, qui relie les prestataires de santé, les acteurs judiciaires et les services sociaux grâce à des mécanismes d'orientation harmonisés et des protocoles centrés sur les survivantes.
La guérison ne s'est pas arrêtée aux soins.
Grâce à un accompagnement continu et aux conseils de sa gestionnaire de cas, Hawa a retrouvé confiance en elle et a commencé à prendre des décisions éclairées concernant son avenir. Lorsque des membres de sa communauté ont tenté de convaincre sa famille de régler l'affaire à l'amiable, elle a fait un autre choix.
Elle a choisi la justice.
L'histoire de Hawa illustre un changement plus large.
Pour répondre aux défis rencontrés dans la région, le projet WISH 2 a formé des professionnels de santé à la prise en charge clinique des survivantes de viol. Il a également organisé des ateliers de concertation réunissant les secteurs de la santé, les services chargés des affaires sociales et des femmes, les autorités judiciaires et d'autres parties prenantes afin de renforcer la coordination. Le projet a développé et diffusé des guides d'orientation simplifiés pour les cas de VSBG, facilitant la collaboration entre les différents acteurs et améliorant les mécanismes de référencement entre les communautés et les prestataires de services.
Comme l'explique une gestionnaire de cas du Centre One Stop de Dubti :
« Les survivantes ont besoin de bien plus que de soins. Elles ont besoin de systèmes qui fonctionnent. Cela signifie investir dans la formation, renforcer la coordination, améliorer les systèmes de données et bâtir des partenariats garantissant l'accès à un hébergement sûr, à une aide alimentaire et aux moyens de transport. »
En partenariat avec Ipas, le projet a également organisé un atelier de plaidoyer de deux jours consacré à l'avortement et aux violences sexuelles et basées sur le genre. Cette rencontre a réuni des décideurs et des acteurs clés aux niveaux régional et local afin de renforcer le dialogue et la coordination autour de ces enjeux. Ces efforts commencent à combler des lacunes de longue date dans des contextes humanitaires comme celui de Dubti, où les survivantes risquent encore trop souvent d'être laissées sans soutien.
Malgré ces avancées, des défis subsistent. Les survivantes comme Hawa rencontrent toujours des difficultés pour accéder à des services essentiels à leur rétablissement, notamment en matière d'alimentation, de transport, d'hébergement sûr et d'espaces sécurisés pour les femmes et les filles. Des besoins importants demeurent également en matière de renforcement des capacités de certains intervenants de première ligne, en particulier au sein des services de police et de justice.
Le parcours de Hawa montre pourtant ce qu'il est possible d'accomplir lorsque les services sont coordonnés, empreints de compassion et véritablement centrés sur les besoins des survivantes.
when
country
Ethiopia
region
Africa