Alors que des délégués de 34 pays africains se réunissaient à Mombasa, au Kenya, du 2 au 5 juin 2026, à l’occasion de la 9ᵉ Conférence scientifique panafricaine de la RHNK sur la santé et les droits sexuels et reproductifs des adolescent·e·s et des jeunes (AYSRHR), l’une des discussions clés a porté sur l’élargissement de l’accès à des soins d’avortement de qualité à travers l’Afrique. La conférence était organisée par Reproductive Health Network Kenya (RHNK), l’association membre de l’IPPF au Kenya.
Parmi les initiateurs de cette réflexion figurait M. Kader Avonnon, responsable du programme Soins Complets d’Avortement en Afrique de l’Ouest (SCAAO) au Bureau régional Afrique de l’IPPF. Financé conjointement par la Fondation Hewlett et la Foundation for a Just Society International, le programme SCAAO vise à élargir l’accès à des soins d’avortement centrés sur la personne pour les femmes et les filles en Afrique de l’Ouest et du Centre francophone. Au cours de la conférence, M. Avonnon a animé un panel réunissant les associations membres de l’IPPF mettant en œuvre le programme, mettant en lumière plusieurs de ses réussites à ce jour. Dans cet entretien accordé à Maryanne W. Waweru, il revient sur les principaux enseignements et messages issus de cette session.
Le programme SCAAO est mis en œuvre par les associations membres de l’IPPF au Niger, au Togo, au Burkina Faso et au Cameroun. Lors du panel que vous avez animé, quels enseignements espériez-vous que les participants retiennent ?
Tout en réaffirmant l’importance de reconnaître l’avortement comme un soin de santé essentiel, la session a mis en lumière les approches du programme qui se sont révélées efficaces pour faire progresser les lois, les politiques et l’accès aux services d’avortement dans certains des contextes les plus difficiles d’Afrique. De nombreux participants issus des différents pays représentés à la conférence ont souligné les défis et obstacles auxquels ils sont confrontés dans leurs efforts visant à élargir l’accès aux soins d’avortement dans des environnements juridiques et sociaux complexes et fortement restrictifs. En nous appuyant sur l’expérience du programme SCAAO, nous avons donc cherché à démontrer que des avancées sont bel et bien possibles. Pour cela, nous avons présenté des outils pratiques, des approches innovantes et des stratégies fondées sur des données probantes qui continuent de produire des résultats concrets dans les pays où nous intervenons.
Selon vous, quelle est la réalisation la plus significative du programme SCAAO à ce jour, et pourquoi ?
La réalisation la plus significative du programme SCAAO à ce jour est la création d’un espace croissant de dialogue ouvert et constructif sur les soins liés à l’avortement en Afrique de l’Ouest et du Centre francophone.
Ces échanges avec des parties prenantes clés; notamment les gouvernements, les acteurs de la société civile, les législateurs, les leaders religieux, les défenseur·e·s des droits des femmes et les prestataires de santé — se sont traduits par un renforcement de l’engagement politique dans des pays comme le Cameroun, le Niger et le Togo. Même dans des contextes difficiles tels que le Niger, des réformes juridiques ont permis d’élargir l’accès aux soins d’avortement dans les cas de viol et d’inceste. Les résultats sont également visibles au niveau de la prestation de services: les associations membres de l’IPPF au Cameroun et au Togo rapportent une augmentation du nombre de femmes ayant accès à des services centrés sur la personne dans leurs structures. Ces évolutions démontrent qu’un progrès est possible, même dans des environnements restrictifs.
L’une des approches centrales du SCAAO est de favoriser la collaboration entre des acteurs de différents secteurs. En quoi cette approche multisectorielle a-t-elle contribué au succès du programme ?
L’une des stratégies les plus importantes du programme SCAAO a été sa capacité à créer des ponts entre les gouvernements, la société civile, les leaders politiques et religieux locaux, les prestataires de santé ainsi que d’autres parties prenantes clés. Cette approche collaborative a contribué à instaurer un environnement favorable au plaidoyer en faveur de soins d’avortement de qualité, centrés sur la personne. Nous avons observé des résultats concrets au Togo et au Cameroun, où les ministères de la Santé et de la Justice ainsi que des parlementaires travaillent ensemble à l’élaboration d’une feuille de route visant à améliorer les lois sur l’avortement.
Au Niger, le ministère de la Santé a pris en charge plusieurs initiatives du SCAAO, notamment en finançant et en mettant en œuvre des activités telles que la formation des prestataires de santé — un signe fort d’engagement et de durabilité. Au niveau national, le programme a également soutenu la mise en place de réseaux et de groupes de travail visant à maintenir la dynamique, renforcer l’engagement des décideurs et promouvoir la redevabilité. Nous avons aussi observé des collaborations inspirantes autour de campagnes de plaidoyer, notamment à l’occasion de la Journée internationale pour l’avortement sûr.
La conférence de la RHNK a réuni plus d’un millier de défenseur·e·s des DSSR, prestataires de santé, chercheur·e·s, décideur·e·s politiques et jeunes leaders venus de toute l’Afrique. En quoi des forums comme celui-ci sont-ils importants pour faire progresser l’accès aux soins d’avortement et la justice reproductive sur le continent ?
Les plateformes comme la conférence de la RHNK nous rappellent que nous ne travaillons pas isolément, mais que nous faisons partie d’un mouvement plus large œuvrant vers un objectif commun. Pour de nombreux prestataires de santé, les défis peuvent parfois sembler écrasants, en particulier dans des environnements restrictifs. Des conférences comme celle-ci offrent non seulement un espace d’apprentissage et d’échange, mais aussi un véritable sentiment de communauté et de solidarité. La conférence de la RHNK n’était pas seulement un lieu de partage de stratégies, mais aussi un espace d’écoute mutuelle, d’apprentissage à partir d’expériences réelles et de renforcement à travers un engagement commun. Ces rencontres nous offrent l’opportunité d’affiner nos approches, de construire de véritables partenariats et d’élargir nos réseaux.
En regardant vers l’avenir, quelles sont les priorités de la Phase 2 du SCAAO (2025-2028), et comment le programme va-t-il capitaliser sur les acquis obtenus jusqu’à présent ?
L’une des priorités clés de la phase 2 du programme SCAAO est de poursuivre le plaidoyer en faveur des réformes juridiques et politiques. Nous souhaitons également consolider nos partenariats avec les gouvernements, les organisations de la société civile, les parlementaires, les leaders religieux, les prestataires de santé et d’autres acteurs clés, afin de garantir que les résultats soient portés localement et durables. Tout en renforçant ces réseaux, nous visons aussi à préserver les acquis déjà obtenus. Par ailleurs, nous resterons vigilants face aux tentatives de recul des droits liés à l’avortement. Nous restons pleinement engagés à garantir que les femmes et les filles en Afrique aient un accès élargi à des soins d’avortement de qualité, centrés sur la personne.
Ce qui me donne de l’espoir, c’est l’énergie observée lors de la conférence, en particulier la force et l’engagement des jeunes. Leurs voix, combinées aux réseaux que nous construisons, nous aideront à relever les défis à venir et à transformer nos ambitions en réalité.
when
country
Kenya
region
Africa
Subject
Abortion Care