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Dr. Claudia Shilumani

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SIX SEMAINES DEJA — UNE REFLEXION SUR LE LEADERSHIP

Le mouvement ne m’attendait pas. L’écosystème des DSSR en Afrique est vivant, déterminé et déjà en train de construire l’avenir. Mon rôle est d’être présente à ses côtés.

Par Dr Claudia Shilumani – Directrice régionale, Bureau Régional Afrique de l’IPPF

Il existe une forme particulière d’humilité lorsque l’on accède à un poste pour lequel on s’est préparé, tout en réalisant, dès les premières semaines, à quel point il reste encore à apprendre. Je suis arrivée en tant que Directrice régionale du Bureau Afrique de l’IPPF avec plus de deux décennies d’expérience dans les systèmes de santé et le plaidoyer. J’emporte souvent avec moi des cadres d’analyse, des intuitions et des idées. Mais cette fois-ci, j’ai fait le choix délibéré d’arriver en écoutant davantage que je ne parle.

Six semaines d’écoute — dans des cliniques, des espaces communautaires, des salles de réunion animées et lors d’appels tardifs en visioconférence — m’ont apporté quelque chose de plus précieux que des dizaines de notes de briefing. Elles m’ont offert une vision d’un mouvement déjà en marche. Fort, éprouvé par les défis, et déterminé à ne pas céder face aux pressions qui l’entourent.

Cette réflexion est mon témoignage sincère de ce que j’ai découvert.

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Dr Claudia Shilumani, Directrice régionale de l’IPPF Afrique, aux côtés de la gouvernance, de la direction et du personnel de la RHNK lors de sa visite.

Ce que j’ai vu à Embakasi a transformé ma compréhension de notre travail

Je me suis rendue dans une zone périurbaine d’Embakasi sans m’attendre à être profondément marquée. Je l’ai été.

Au centre médical REHNET, géré par notre membre associé, le Reproductive Health Network Kenya (RHNK), j’ai vu des équipes de première ligne fournir des soins aux personnes le plus souvent exclues des systèmes de santé: de jeunes mères confrontées à des choix impossibles, des personnes LGBTQI+ en quête de dignité autant que de soins, des travailleuses du sexe qui méritent sécurité et respect, mais qui en sont trop souvent privées.

Grâce à la plateforme numérique de RHNK, Nena na Binti, des jeunes à travers le Kenya sollicitent chaque jour des informations fiables et confidentielles sur la contraception, les soins liés à l’avortement, le dépistage du VIH, les violences basées sur le genre et la santé mentale. Pas occasionnellement. Chaque jour.

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Dr Claudia Shilumani, Directrice Régionale de l’IPPF Afrique, échange avec le personnel du laboratoire du centre médical REHNET.

Ce que j’ai observé n’était pas un service de comblement des lacunes. C’était un écosystème fonctionnel, construit non pas sur l’enthousiasme des bailleurs ou les fenêtres politiques, mais sur des années d’engagement discret et constant, et sur une confiance communautaire qu’il est impossible de fabriquer de l’extérieur.

C’est cela que prennent forme la dignité, la communauté et la résilience — non pas comme des valeurs inscrites dans une charte, mais comme des réalités vécues dans une salle d’attente.

Et cet écosystème se construit dans un contexte de pression croissante. Les financements se réduisent. Les données de l’IPPF montrent que la Fédération a subi plus de 87,2 millions de dollars de pertes de financement estimées, avec la fermeture de plus de 1 300 points de prestation de services à travers le continent. Les groupes opposés aux droits sont mieux organisés, mieux financés et de plus en plus présents dans les espaces numériques où vivent nos communautés. La pression n’est pas abstraite : elle se traduit par des stocks vides, du personnel surchargé et des jeunes refoulés.

Ce qui me guide, c’est la preuve que celles et ceux qui font ce travail ne attendent pas d’être sauvés : ils s’adaptent, innovent et tiennent la ligne. Mon rôle est d’être à leurs côtés, pas devant eux.

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Dr Claudia Shilumani, Directrice régionale de l’IPPF Afrique (à droite), échange avec Mme Nancy Lynne Okutoyi (à gauche) au centre d’appels Nena na Binti.

La confiance est une infrastructure que personne ne budgétise

À Nairobi, j’ai rencontré un groupe de partenaires représentant un large éventail de l’écosystème SRHR au Kenya : chercheurs, défenseurs, prestataires de services et jeunes leaders. Ce n’était pas une réunion de parties prenantes soigneusement mise en scène. C’était un échange honnête, parfois inconfortablement franc.

Ce qui est ressorti clairement n’était pas une frustration liée au travail lui-même, mais à la manière dont nous travaillons ensemble : fragmentation, stratégies parallèles, information partagée de manière sélective plutôt que généreuse, et une compétition de positionnement dans des espaces où la collaboration servirait pourtant mieux nos communautés.

Un point de discussion m’a particulièrement marquée : la confiance entre organisations n’est pas une valeur “douce”, mais une infrastructure opérationnelle. Sans elle, il est impossible de partager rapidement des informations lorsque des acteurs anti-droits avancent, de coordonner le plaidoyer lorsqu’une fenêtre politique s’ouvre, ou de se soutenir mutuellement face aux pressions institutionnelles qui nous concernent tous.

L’Assemblée générale 2025 de l’IPPF à Bali a défini une direction claire sous le thème Diriger avec Amour, Agir avec Courage. Notre Charte de valeurs récemment adoptée, issue des voix des Associations membres, nous ancre dans sept engagements: Dignité, Égalité, Justice, Plaisir, Communauté, Intégrité et Résilience. Ces valeurs tracent la manière dont nous devons être en relation les uns avec les autres et avec les communautés que nous servons.

Construire cette confiance, de manière constante et sans éclat, est le travail auquel je m’engage dans la région.

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Directrice régionale de l’IPPF Afrique, Dr Claudia Shilumani, en photo de groupe avec les principaux partenaires de RHNK.

Le leadership africain ne doit plus être décrit comme « émergent »

Il existe un cadrage qui suit depuis longtemps les défenseur·e·s des DSSR en Afrique. Il présente les connaissances africaines, les expériences africaines et le leadership africain comme des réalités en développement, prometteuses peut-être, mais pas encore pleinement abouties. Cela se reflète dans le choix des intervenant·e·s invité·e·s dans les forums mondiaux, dans les recherches qui influencent les cadres politiques, et dans les organisations qui bénéficient de financements flexibles et de long terme permettant une véritable réflexion stratégique.

Je tiens à le dire clairement, car je trouve ce constat à la fois épuisant et inexact.

Les organisations que j’ai rencontrées au cours de ces six semaines ne sont pas des entités « émergentes ». Elles sont pleinement constituées, stratégiquement sophistiquées et porteuses d’un savoir issu de l’expérience vécue qu’aucun consultant externe ne peut reproduire. Le problème ne réside pas dans leur capacité, mais dans la manière dont les systèmes mondiaux valorisent et financent ce qu’elles ont construit.

Le Bureau Régional Afrique de l’IPPF a une responsabilité — que je prends très au sérieux — de veiller à ce que les voix africaines ne soient pas seulement présentes dans les espaces régionaux et mondiaux, mais qu’elles y définissent l’agenda. L’Assemblée générale de Bali a été explicite à ce sujet : nous sommes une Fédération qui reconstruit sa direction stratégique vers 2028, et cette orientation doit être portée depuis la base, et non imposée d’en haut.

Le mouvement DSSR en Afrique n’a pas besoin d’être dirigé depuis l’extérieur du continent. Il doit être financé, amplifié et protégé de l’intérieur.

Courage, cohérence et suite des travaux

Six semaines ne suffisent pas pour apporter des réponses. Elles suffisent toutefois pour formuler de meilleures questions.

La question qui me revient constamment est la suivante : dans un contexte marqué par la diminution des ressources, une opposition coordonnée et des évolutions politiques rapides, que signifie réellement « diriger avec courage » ? Pas un courage rhétorique, mais un courage opérationnel. Celui qui se traduit dans les partenariats que nous priorisons, les combats que nous choisissons de mener publiquement, et notre capacité à être honnêtes les uns envers les autres sur ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.

Lors de l’Assemblée générale à Bali, l’IPPF en tant que Fédération s’est engagée à redéfinir ses priorités stratégiques et à affirmer ses intentions politiques à l’horizon 2028. Pour la Région Afrique, cette orientation doit s’ancrer dans ce que j’ai vu et entendu ces dernières semaines : des communautés qui n’attendent pas, des organisations solides, et un mouvement qui a davantage besoin de cohérence et de ressources que de nouveaux cadres conceptuels.

Je ne me fais aucune illusion sur la simplicité du chemin à venir. Le paysage post-APD redessine l’architecture du financement sur laquelle nos partenaires ont bâti leurs modèles. Les acteurs opposés aux droits apprennent les uns des autres à une vitesse qui nous oblige à faire de même. L’agenda de la justice de genre et de l’autonomie corporelle est contesté comme il ne l’a pas été depuis des décennies.

Mais je n’ai pas pris ce poste pour gérer un statu quo. Je l’ai pris parce que je crois que les fondations des DSSR en Afrique sont suffisamment solides pour construire quelque chose de plus intentionnel, de plus interconnecté et de plus lucide sur le monde dans lequel nous évoluons réellement.

Les femmes, les filles, les jeunes et les communautés marginalisées en Afrique n’ont jamais eu besoin que nous ayons toutes les réponses. Elles ont besoin que nous soyons présents avec intégrité, que nous agissions avec clarté et que nous construisions avec elles — et non pour elles.

Six semaines après mon arrivée, c’est ce type de leadership auquel je m’engage. Non pas parce qu’il est confortable, mais parce que ce moment l’exige.

Dr Claudia Shilumani est Directrice Régionale du Bureau Régional Afrique de la Fédération Internationale pour la Planification Familiale (IPPF ARO), basée à Nairobi, Kenya. Elle s’exprime ici à titre personnel en tant que Leader et défenseure du mouvement DSSR en Afrique.

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