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The Greats - Anna Zolnierowicz - The Future Is Female

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16 jours d'activisme contre la violence basée sur le genre - LE FEMINICIDE

Le terme « Féminicide » a été défini comme « le fait pour des hommes de commettre un meurtre sur des femmes pour la simple raison qu’elles sont des femmes ».

Le terme « Féminicide » a été défini pour la première fois en 1976 par l’auteure féministe sud-africaine Diana Elisabeth Hamilton Russel comme « le fait pour des hommes de commettre un meurtre sur des femmes pour la simple raison qu’elles sont des femmes ». Pour être qualifié de féminicides, l’assassinat d’une femme doit nécessairement être associé à des motifs liés à son identité de femme. Ainsi une femme tuée dans un cambriolage ou par un chauffard ne peut pas être de facto considérée comme victime d’un féminicide. Le meurtrier n’est pas nécessairement un homme.

Les types de féminicides

Le terme féminicide fait allusion à deux types de crimes : le féminicide intime et le féminicide non intime.

Le premier est commis par un conjoint, un ex conjoint ou un membre de la famille. Selon une étude citée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), plus de 35 % des femmes tuées dans le monde le seraient par leur partenaire, contre 5 % seulement des meurtres concernant les hommes.

Le second est commis par un inconnu. Les exemples les plus fréquemment cités sont les centaines de femmes tuées durant de nombreuses années à Ciudad Juarez, au Mexique, ou la tuerie antiféministe à l’Ecole polytechnique de Montréal en 1989.

Cependant l’OMS reconnaît deux (02) autres catégories de féminicide en plus de ceux-là : il s’agit du crime d’honneur et le féminicide lié à la dot.

Le crime d’honneur est pratiqué par un homme ou une femme membre de la famille ou du clan de la victime, lorsqu’une femme est accusée d’avoir transgressé des lois morales ou des traditions — commettre un adultère, avoir des relations sexuelles ou une grossesse hors mariage, ou même avoir subi un viol — pour protéger la réputation de la famille.

Quant au féminicide lié à la dot, il correspond à l’homicide d’une femme par sa belle-famille, lors du mariage dû à une dot insuffisante (pratiqué notamment en Inde).

The Greats - Osheen Siva - Hold Each Other
© Anna Zolnierowicz - The Future Is Female

Le féminicide en Afrique

Globalement, nous constatons un manque de données et une insuffisance d’analyses portant sur le féminicide en Afrique. Au-delà d’un besoin et de l’existence de données complètes récentes, fiables, et d’analyses sociologiques traitant de cette thématique, les experts s’accordent sur le fait que les statistiques disponibles sous-estiment vraisemblablement l’ampleur du phénomène à l’échelle mondiale, y compris en Afrique.

En Côte d’Ivoire, à Bocanda, en avril 2021, un cultivateur résidant à Abouakro, M. Paul, est soupçonné d’avoir ôté la vie à sa femme, dans la nuit du jeudi 8 avril 2021, pour cause d’infidélité présumée.

Récemment , le jeudi 10 novembre 2022, Une femme enceinte est morte après avoir été poignardée par son voisin dans un immeuble, à Yopougon quartier Ananeraie.

Les continents africains et américains sont les régions où les femmes risquent le plus d'être tuées par leur partenaire intime ou un membre de leur famille. En Afrique, le taux était d'environ 3,1 victimes pour 100 000 femmes, tandis qu'il était de 1,6 sur le continent américain, 1,3 en Océanie et 0,9 en Asie. Le taux le plus bas a été enregistré en Europe, avec 0,7 victime pour 100 000 femmes.

Avec un taux d’homicides conjugaux/familiaux de 3,1 pour 100 000 femmes, l’Afrique est la région où les femmes ont le plus de risques de se faire tuer par un partenaire intime ou un membre de la famille.

Selon une étude d’ONU Femmes, l’Afrique comptait en 2019 19 000 cas de décès de femmes, dont 10 000 dus au partenaire (intime). Et 69% des femmes tuées en 2017 l’avaient été par leur partenaire ou par un membre de la famille.

Au Zimbabwe, en 1998, parmi les affaires de meurtres dont avait été saisie la Cour supérieure de Harare, six sur dix (6/10) avaient trait à la violence conjugale.

En Côte d’Ivoire, une enquête inédite initiée et financée par l’organisation des Citoyennes pour la Promotion et Défense des droits des Enfants, Femmes et Minorités (CPDEFM), ONG fondée par la juriste Sylvia Apata, a révélé environ 416 cas de féminicides à Abidjan entre 2019 et 2020, et des milliers de cas de violences basées sur le genre.

Amnesty International estime qu’en Afrique du Sud, toutes les six (06) heures en moyenne, une femme est tuée par son mari ou son compagnon. Un chiffre alarmant qui place le pays parmi les plus dangereux pour les femmes, avec un niveau de violence comparable à celui d’un pays en guerre.

Apres l’Afrique du Sud, le Sénégal est aussi cité parmi les pays dans lesquels les cas de féminicides sont nombreux.

Les facteurs ou causes majeurs du féminicide

Les facteurs du féminicide sont multiples et se trouvent à plusieurs niveaux : individuel, communautaire, sociétal et structurel.

Au niveau individuel, plusieurs éléments peuvent être relevés. Il s’agit entre autres, le manque d’autonomisation des femmes, de ressources financières limitées, d’un taux de chômage élevé, ou de délinquance par exemple.

Au niveau relationnel ou familial, nous pouvons énumérer les problèmes de santé mentale des partenaires qui deviennent agressifs, la volonté de domination et d’emprise sur sa partenaire, refus de liberté de la femme, soupçon d’infidélité, paranoïa, traumatisme dû à une incapacité à supporter une rupture, volonté de séparation, entre autres.

Au niveau communautaire, on constate de facto une inégalité entre les sexes. Ce qui fait que lorsque certaines femmes désirent s’émanciper et prendre les devants ou réclamer leurs droits, elles sont mal vues et peuvent être assassinées pour cette raison car on pense qu’elles veulent « dominer » ou « prendre la place de l’homme », dans certaines communautés.

Enfin au niveau sociétal ou structurel, nous pouvons relever certains éléments pouvant contribuer au phenomene tels que le non-respect des droits de la femme, l’impunité dont bénéficient les meurtriers, la corruption dans le system judiciaire, le poids de la tradition et de la religion, et l’irresponsabilité des autorités et surtout de l’Etat à se prononcer véritablement sur la question.

The Greats - Sakina Saidi - Stand Up For Human Rights
© Sakina Saidi - Stand Up For Human Rights

Les actions concrètes entreprises contre le féminicide

Alors que de nombreuses africaines restent soumises à de multiples abus, des acteurs communautaires, des femmes influentes et de jeunes militantes luttent ardemment pour une mise en place efficiente de dispositions législatives contre le féminicide en Afrique.

Les Etats africains signataires de traités internationaux garantissant la lutte contre ces violences peinent à faire appliquer leurs engagements, et ce malgré l’adoption de lois plus sévères.

Les autorités politiques sont en réalité entravées par le droit coutumier, souvent prééminent sur le droit moderne, notamment en zones rurales. Une supériorité qui favorise une culture de l’impunité, où les arrangements à l’amiable entravent le bon déroulement du processus judiciaire.

En ce qui concerne le rôle de l'État, de nombreux pays n'ont pas de législation sur le féminicide, de sorte qu'aucune information n'est recueillie, expliquant de manque de données fiables et récentes sur l’ampleur du phénomène. Même lorsqu'ils incluent le féminicide dans leur législation, plusieurs d’entre eux peinent à créer un climat favorable (pour que les survivantes et les familles signalent les violences), ou n'ont pas réussi à mettre en œuvre une collecte et une publication adéquates des informations locales.

C’est face à ce constat d’inefficacité des institutions qu’ont émergé de nouveaux acteurs engagés pour changer les mentalités et protéger la vie des femmes.

Là où les campagnes publiques de sensibilisation échouent à convaincre des époux ou des hommes de bannir la violence contre les femmes, chefs religieux, autorités traditionnelles et mouvements d’activistes apparaissent comme des intermédiaires légitimes.

Certaines actions ont également été entreprises pour éradiquer ce phénomène. Au Sénégal par exemple, plusieurs leaders religieux et communautaires ont décidé de sortir du silence et de sensibiliser leurs fidèles lors des prières du vendredi. Ils enjoignent en effet les maris à ne pas violenter leurs épouses.

Dans la lutte contre le féminicide en Afrique, l’apport des organisations dans la lutte contre le féminicide est tout aussi remarquable.

En 2021, L’IPPF région Afrique, en consortium avec quatre autres organisations internationales a lancé un projet intitulé : « Feminist Opportunities Now » (FON), qui a pour objectif de renforcer les capacités des mouvements de femmes, via des subventions aux organisations féministes locales dans 9 pays – dont 6 en Afrique, avec un effort particulier pour atteindre les petites organisations locales, souvent non enregistrées, pour aborder et répondre à la violence basée sur le genre. Le projet fera avancer l'agenda féministe en s'attaquant à la violence sexiste afin de promouvoir, protéger et réaliser les droits humains de tous.

Malgré les avancées observées dans plusieurs pays africains à ce jour (notamment à travers les lois, les manifestations et la volonté politique apparente), le féminicide sévit toujours. Combattre ce fléau mondial, c’est agir non seulement au niveau de l’éducation mais également au niveau des institutions. S’agissant de l’éducation, il est important de mettre fin, surtout chez les plus jeunes, à ces attitudes violentes à travers l’école, les foyers et les communautés ou ils évoluent. Enfin, en ce qui concerne les institutions, les Etats doivent mettre en œuvre plusieurs politiques publiques en faveur de cette lutte contre les violences envers les femmes, notamment le féminicide.

BIBLIOGRAPHIE :

Par Nancy ADEPAUD et Martine OUEDRAOGO,

Stagiaires à l'IPPF Région Afrique et Militantes

pour les Droits de la Femme


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