À 17 ans, Aline*, originaire de Muyinga, avait de nombreuses questions sur son corps, mais aucun espace sûr où les poser.
La plupart de ce qu'elle savait sur la santé et les droits sexuels et reproductifs provenait de rumeurs, de conversations entre amis et de ce qu'elle entendait dans la communauté. On lui avait dit que les contraceptifs pouvaient provoquer l'infertilité et que les jeunes filles qui se rendaient dans un centre de santé risquaient d'être jugées ou stigmatisées. Par peur et par manque d'informations fiables, elle évitait tout simplement de rechercher des conseils ou d'accéder aux services.
« J'avais peur d'aller au centre de santé, raconte-t-elle. Les gens parlent, et je ne savais pas ce qui était vrai ou faux. »
L'histoire d'Aline reflète une réalité plus large à Muyinga et dans l'ensemble du Burundi, où la désinformation, la stigmatisation et les normes sociales restrictives empêchent encore de nombreux jeunes, en particulier les adolescentes, d'accéder à des informations fiables et à des services de santé sexuelle et reproductive.
C'est dans ce contexte que le programme WISH 2 a commencé à faire la différence. En collaboration avec son partenaire ABUBEF, le programme a mis en place une approche rapprochant les communautés, les jeunes et les services de santé. De jeunes éducateurs et éducatrices pairs, à l'image d'Aline, ont été formés pour animer des échanges ouverts et sincères au sein de leurs communautés. Ces rencontres ont créé des espaces sûrs où les idées reçues pouvaient être déconstruites et où chacun pouvait poser ses questions sans crainte d'être jugé.
Aline a participé à l'une de ces séances.
« Pour la première fois, quelqu'un m'a expliqué les choses clairement, raconte-t-elle. J'ai compris que beaucoup de ce que je croyais était faux. »
Encouragée par l'éducatrice pair, Aline s'est rendue dans un centre de santé soutenu par WISH 2. Elle y a vécu une expérience bien différente de celle qu'elle imaginait : un accueil confidentiel, respectueux et adapté aux besoins des jeunes. Elle a bénéficié d'un accompagnement qui lui a permis de mieux comprendre les différentes options qui s'offraient à elle et de prendre des décisions éclairées concernant sa santé.
Aline ne se fie plus aux rumeurs. Plus sûre d'elle, elle recherche des informations fiables et accède aux services dont elle a besoin. Elle partage également ce qu'elle apprend avec ses amies. Ce qui n'était au départ que peur et silence s'est transformé en confiance et en dialogue, non seulement pour elle, mais aussi au sein de son entourage. Ce changement se reflète aujourd'hui à l'échelle de Muyinga. De plus en plus de jeunes ont recours aux services de santé sexuelle et reproductive, et la confiance envers les centres de santé ne cesse de grandir. Les données du projet montrent une augmentation régulière du recours aux services de santé sexuelle et reproductive par les adolescents et les jeunes, avec des progrès particulièrement marqués à Muyinga, où le taux d'utilisation atteint désormais près de 18 %.
Comme l'explique un éducateur pair :
« Lorsque les jeunes reçoivent des informations d'une personne qui leur ressemble, ils se sentent en confiance pour poser leurs questions. C'est à ce moment-là qu'ils commencent à faire confiance aux services et à prendre leurs propres décisions. »
En créant un lien entre la mobilisation communautaire et des services de santé adaptés aux jeunes, le projet s'attaque simultanément à la désinformation et aux obstacles qui limitent l'accès aux soins. Les jeunes ne se contentent plus de recevoir des informations fiables : ils sont désormais en mesure de les mettre en pratique dans des environnements qui respectent leur confidentialité, leur dignité et leurs besoins.
Les défis demeurent. La stigmatisation et les normes sociales profondément ancrées ne disparaissent pas du jour au lendemain. Pourtant, le changement est bien réel. Les échanges se multiplient, la confiance s'installe et un nombre croissant de jeunes prennent en main leur santé et leurs droits sexuels et reproductifs. L'histoire d'Aline, comme celle de nombreux autres jeunes, nous rappelle une réalité essentielle : lorsque les jeunes ont accès à des informations fiables, dans un espace sûr et auprès de personnes en qui ils ont confiance, ils passent de l'incertitude à des choix éclairés. C'est là toute la valeur ajoutée de WISH 2 : transformer le silence en confiance et la désinformation en pouvoir d'agir.
*Le prénom a été modifié afin de préserver la confidentialité.
when
country
Burundi
region
Africa
Subject
Comprehensive Sex Education