Nyakato* est une étudiante universitaire de 20 ans vivant dans le district de Bushenyi, dans l’ouest de l’Ouganda. Il y a 13 mois, elle s’est retrouvée dans une situation difficile : elle était enceinte de manière inattendue. Dans cet article, Nyakato raconte les événements qui ont suivi cette découverte. Son expérience met en lumière le rôle essentiel que jouent les éducateurs pairs formés par Reproductive Health Uganda (RHU) — une Association Membre de l’IPPF — dans l’accès des jeunes à des informations et services de santé sexuelle et reproductive (SSR) pouvant leur sauver la vie.
Nyakato a partagé son témoignage avec Maryanne W. WAWERU.
« Lorsque j’ai intégré l’université à 18 ans, pleine d’enthousiasme et d’ambition, j’étais très excitée à l’idée de ce qui m’attendait. M’inscrire en licence de soins infirmiers représentait une étape importante vers la réalisation de mes objectifs professionnels dans le domaine médical.
Dès la première semaine, l’université a organisé un programme d’orientation détaillé pour tous les nouveaux étudiants, comprenant notamment des sessions sur l’éducation à la sexualité. Une équipe d’éducateurs pairs de Reproductive Health Uganda (RHU) avait été invitée à animer ces sessions. Ils nous ont partagé des informations complètes sur différents sujets liés à la santé et aux droits sexuels et reproductifs (SDSR), notamment les méthodes contraceptives, la grossesse, les infections sexuellement transmissibles (IST), les violences basées sur le genre, l’avortement à risque ainsi que le VIH/SIDA. J’ai trouvé ces sessions à la fois enrichissantes et très intéressantes.
À la fin de chaque session, les éducateurs pairs partageaient avec nous leurs numéros de téléphone portable ainsi que les coordonnées officielles de la clinique RHU de Bushenyi. Ils nous encourageaient à enregistrer ces contacts au cas où nous aurions des questions supplémentaires ou besoin de clarifications sur les informations partagées. Ils nous ont également dit de les contacter si nous nous retrouvions un jour dans une situation nécessitant du soutien. J’ai enregistré leurs numéros dans mon téléphone.
Découvrir que je suis enceinte
Quelques mois plus tard, durant le deuxième semestre, j’ai découvert avec surprise que j’étais enceinte. J’utilisais la méthode dite des « jours sûrs », consistant à éviter les rapports sexuels pendant les jours où je pensais être en période d’ovulation et donc plus susceptible de tomber enceinte. Mais cela n’avait pas fonctionné : j’étais là, enceinte, sous le choc et complètement perdue.
En prenant conscience de cette grossesse non planifiée, une profonde anxiété m’a envahie. Être enceinte signifiait probablement interrompre mes études, car je savais que je ne pourrais pas mener de front une grossesse et mon parcours universitaire. Je n’étais pas prête à perdre une année académique entière. J’étais encore jeune, avec des rêves et des objectifs à accomplir, et avoir un enfant à ce moment-là aurait freiné mes ambitions professionnelles. De plus, je ne me sentais ni émotionnellement ni mentalement prête à assumer les responsabilités de la maternité.
Je craignais aussi la réaction de mes parents. Avant mon entrée à l’université, ils avaient pris le temps de me conseiller sur l’importance de rester concentrée sur mes études et d’éviter toute distraction pouvant compromettre mes objectifs académiques. Une grossesse non planifiée aurait été pour eux une immense déception.
En parler à mon petit ami
Le tourbillon de pensées autour de cette grossesse me causait une grande souffrance. Quelques jours plus tard, j’ai décidé d’en parler à mon petit ami. Lorsqu’il a appris la nouvelle, il m’a dit qu’il n’était pas prêt à devenir père. À 26 ans, il travaillait déjà mais estimait ne pas avoir une situation suffisamment stable pour fonder une famille. Puisqu’aucun de nous ne se sentait prêt à assumer cette responsabilité, nous avons convenu de mettre fin à la grossesse.
Il m’a alors demandé si je connaissais un endroit où je pourrais interrompre la grossesse en toute sécurité. C’est à ce moment-là que je me suis souvenue des numéros des éducateurs pairs de RHU que j’avais enregistrés dans mon téléphone pendant la semaine d’intégration. Je les ai immédiatement contactés.
L’éducateur pair m’a écoutée attentivement, m’a conseillée, puis m’a orientée vers la clinique RHU de Bushenyi où, selon lui, je pourrais recevoir une assistance complémentaire. Après lui avoir parlé, j’ai ressenti un immense soulagement. Je savais qu’il comprenait sincèrement ma situation. Il m’a assuré que l’équipe de RHU était composée d’experts en santé sexuelle et reproductive et que je serais entre de bonnes mains. Rassurée par ses paroles, je me suis rendue à la clinique RHU de Bushenyi.
Un avortement sécurisé
Là-bas, j’ai rencontré un clinicien qui s’est occupé de moi. Il ne m’a pas pressée pendant que je parlais et s’est montré très calme et compréhensif. Je ne me suis pas sentie jugée. Son professionnalisme m’a immédiatement fait comprendre que j’étais au bon endroit.
J’étais enceinte d’environ huit semaines. Le clinicien m’a expliqué le processus d’un avortement médicamenteux, qui impliquait la prise de médicaments à des moments précis. J’ai choisi de commencer le processus directement à la clinique sous sa supervision, puis de poursuivre le reste du traitement à mon foyer universitaire.
Il m’a donné des instructions très claires sur la manière et les moments où prendre les médicaments ; je les ai soigneusement notées pour ne rien oublier. Il m’a également donné son numéro de téléphone et m’a demandé de le contacter en cas de besoin.
Tout s’est déroulé comme prévu. Le lendemain, lorsqu’il a été temps de prendre la deuxième dose, je l’ai appelé simplement pour être rassurée que je suivais correctement les étapes, ce qu’il m’a confirmé. J’étais reconnaissante de pouvoir le joindre facilement pendant ce moment délicat sans devoir retourner physiquement à la clinique. Il me contactait également régulièrement pour suivre mon évolution.
J’étais réellement entre de bonnes mains, comme l’éducateur pair me l’avait assuré.

Prise en charge contraceptive post-avortement
Quelques jours plus tard, le clinicien m’a demandé de revenir à la clinique pour effectuer une échographie. Je m’y suis rendue, et l’examen a confirmé que la procédure avait été un succès et que j’étais en bonne santé. Le clinicien a ensuite pris le temps de m’expliquer l’importance d’utiliser une méthode contraceptive afin d’éviter une nouvelle grossesse non planifiée. Après m’avoir présenté plusieurs options contraceptives, j’ai choisi l’injection contraceptive trimestrielle.
J’habite à environ 25 kilomètres de la clinique RHU de Bushenyi et, lorsqu’il est temps de renouveler mon injection, j’informe l’éducateur pair RHU de ma région, qui récupère ensuite l’injection auprès de RHU. Cela me permet d’éviter les difficultés liées au transport. L’éducateur pair me l’administre ensuite, puisqu’il a reçu une formation adéquate pour le faire. Cette organisation a très bien fonctionné pour moi, car depuis, je n’ai plus eu de crainte de grossesse.
Grâce à l’accès à des soins d’avortement sécurisés auprès de RHU, ma vie a pu reprendre son cours normal et j’ai pu poursuivre mes études sans interruption. J’espère avoir trois ou quatre enfants à l’avenir, mais uniquement lorsque je serai prête mentalement et émotionnellement, après avoir terminé mes études et obtenu un revenu me permettant de subvenir à leurs besoins.
Donner aux nouveaux étudiants les moyens d’agir grâce aux informations sur les SDSR
Je suis reconnaissante envers l’équipe de RHU et ses éducateurs pairs qui partagent des informations avec les nouveaux étudiants universitaires. Je suis heureuse d’avoir participé aux sessions éducatives sur les SDSR organisées par RHU pendant la semaine d’intégration, car les informations reçues m’ont été précieuses au moment où j’en avais le plus besoin.
L’équipe clinique de RHU accomplit également un travail remarquable en aidant de jeunes femmes comme moi à accéder à des soins d’avortement sécurisés et abordables. J’ai payé 70 000 shillings ougandais (19 dollars US) pour l’avortement médicamenteux et l’échographie. C’était un coût abordable, que j’ai pu couvrir grâce aux économies réalisées à partir de l’argent de poche que me donnent mes parents.
Depuis cette expérience, je parle aux nouvelles étudiantes à l’université pour les encourager à participer aux sessions d’éducation à la sexualité organisées par RHU pendant la semaine d’intégration. Je leur conseille également d’enregistrer les numéros des éducateurs pairs partagés lors de ces sessions, car elles ne savent jamais quand elles pourraient en avoir besoin.
Le nom de Nyakato a été modifié afin de protéger son identité.
when
country
Uganda
region
Africa
Subject
Abortion Care, Contraception
Related Member Association
Reproductive Health Uganda