En mars 2026, une table ronde de haut niveau organisée à Madagascar a été bien plus qu'un simple espace de dialogue : elle a marqué un tournant dans la manière dont la santé et les droits sexuels et reproductifs (DSSR) sont désormais portés au niveau national. Soutenue par le programme WISH 2, à travers Ipas, et organisée en partenariat avec le Ministère de la Santé publique, cette rencontre a réuni des parlementaires, des représentants du gouvernement, des agences des Nations Unies, des organisations de la société civile et des partenaires au développement autour d'une préoccupation commune : les inégalités persistantes dans l'accès aux services de DSSR et la nécessité de renforcer l'engagement politique en faveur de ces droits.
Comme l'a souligné un responsable parlementaire :
« De nombreuses lois doivent être révisées afin d'être alignées sur les accords internationaux que Madagascar a déjà ratifiés. »
Dès le départ, les échanges se sont appuyés sur des données probantes et sur les priorités nationales. Plutôt que d'éviter les sujets sensibles, les participants les ont abordés de manière directe, en analysant les liens entre des cadres juridiques restrictifs, un financement national insuffisant et les inégalités d'accès aux services. Les discussions ont également permis d'ouvrir un espace de réflexion sur des réformes, notamment en matière d'accès à des services complets de santé sexuelle et reproductive, y compris à l'avortement pour raisons de santé, dans une approche fondée sur la santé publique et les droits humains.
Ce qui a rendu cette rencontre particulièrement marquante, c'est le rôle joué par WISH 2, non seulement dans son organisation, mais aussi dans son orientation stratégique. En soutenant un dialogue structuré, fondé sur des données probantes, et en réunissant autour d'une même table des acteurs qui échangent rarement ensemble, le programme a contribué à faire évoluer les discussions, passant de déclarations d'intention à des engagements concrets. À l'issue de la table ronde, les parties prenantes ont validé un document national de plaidoyer en faveur de la santé et des droits sexuels et reproductifs et ont officiellement adopté une charte d'engagement multipartite, deux réalisations qui constituent à la fois une feuille de route et un mécanisme de redevabilité pour les actions à venir.
Le véritable défi, toutefois, commençait après la clôture de la rencontre.
Au cours des mois qui ont suivi, les effets de cette table ronde ont commencé à se concrétiser. Le document de plaidoyer est devenu une référence commune, utilisée par les organisations de la société civile, les parlementaires et les partenaires techniques pour maintenir la dynamique autour des réformes en matière de santé et de droits sexuels et reproductifs (DSSR). Les discussions engagées lors de la rencontre se sont poursuivies dans les espaces de décision, suscitant un intérêt croissant pour la révision des lois restrictives et l'alignement des cadres nationaux sur les engagements internationaux. Parallèlement, les débats sur le financement national ont pris un nouvel élan. Les parties prenantes ont exploré des solutions concrètes pour accroître les investissements publics en faveur de la planification familiale et, plus largement, des services de santé et de droits sexuels et reproductifs.
Au sein des institutions publiques, un changement notable s'est également opéré. Le Ministère de la Santé publique, à travers la Direction de la Santé Familiale (DSFa), a renforcé son rôle de chef de file. Il a consolidé la coordination des partenaires, assuré le suivi des engagements pris et affirmé sa position en tant qu'acteur central de la réforme des DSSR. Cette appropriation croissante est essentielle : elle montre que l'agenda des réformes est désormais porté de plus en plus par les institutions nationales elles-mêmes.
Ces évolutions sont encore en cours, mais elles sont porteuses de changements durables. En renforçant l'engagement politique, en fédérant les parties prenantes et en faisant progresser les discussions sur les politiques publiques et leur financement, WISH 2 a contribué à créer un environnement plus favorable aux DSSR. Il s'agit d'une étape déterminante pour améliorer l'accès aux services, notamment pour les femmes, les jeunes et les populations les plus marginalisées, qui continuent de faire face aux obstacles les plus importants.
Le processus n'a toutefois pas été exempt de défis. Les réformes juridiques, en particulier celles liées à l'avortement, demeurent des sujets sensibles. Réunir des acteurs aux points de vue parfois divergents a nécessité une facilitation attentive et un important travail de préparation, d'autant plus que le temps disponible était limité. Malgré ces contraintes, le leadership du Ministère de la Santé publique, un cadrage fondé sur la santé publique et les droits humains, ainsi que le recours aux données probantes ont permis de maintenir un dialogue constructif et orienté vers des solutions.
Cette expérience montre que les avancées sur des questions complexes liées aux DSSR ne commencent pas toujours par de grandes réformes. Elles naissent parfois d'un dialogue stratégique, inclusif, soigneusement préparé et porté par un leadership national fort. À Madagascar, une seule rencontre a permis de stimuler un plaidoyer durable, de renforcer le leadership institutionnel et d'ouvrir la voie à des réformes longtemps restées difficiles à engager.
when
country
Madagascar
region
Africa