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Défendre fermement les DSSR et les droits des femmes face à la montée des réactions hostiles lors de la 87e session de la CADHP

Par Cheikh Tidjane N’DONGO

Banjul, Gambie, mai 2026

En marge de la 87e Session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), organisée dans le cadre du Forum des ONG, des défenseur·e·s des droits, décideur·e·s politiques et leaders des droits humains se sont réunis pour faire face à une réalité commune : si l’Afrique a réalisé des progrès importants dans l’avancement des droits et santé sexuelle et reproductive (DSSR) et des droits des femmes, ces acquis sont aujourd’hui de plus en plus menacés.

Par Cheikh Tidjane N’DONGO, Conseiller principal régional en plaidoyer, IPPF Afrique

Un panel organisé par le Bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (UN OHCHR) et IPPF Afrique (IPPF ARO), avec le soutien financier de la Fondation Packard et du Gouvernement du Luxembourg, sur le thème : « Défendre les droits dans des contextes hostiles : attaques contre les acteurs des droits humains œuvrant pour la santé et les droits sexuels et reproductifs dans un contexte de rétrécissement de l’espace civique et de montée des résistances liées au genre », a permis aux intervenant·e·s d’examiner à la fois la nature des réactions hostiles actuelles et les stratégies qui se révèlent efficaces pour défendre des droits durement acquis.

Le panel a été modéré par l’Honorable Janet Ramatoulie Sallah-Njie, Commissaire et Rapporteure spéciale de l’Union africaine sur les droits des femmes en Afrique, orientant les discussions des défis vers les solutions. L’Honorable Sallah-Njie a souligné :

« À travers le continent, nous voyons des acteurs africains faire preuve de courage et de créativité dans leur leadership. Ces bonnes pratiques nous rappellent que les droits des femmes sont profondément ancrés dans les valeurs africaines de dignité, d’égalité et de justice. »

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L’Honorable Janet Ramatoulie Sallah-Njie, Commissaire et Rapporteure spéciale de l’Union africaine sur les droits des femmes en Afrique

Un rétrécissement de l’espace civique et une réaction coordonnée contre les droits

À travers le continent, les défenseur·e·s des droits et santé sexuelle et reproductive (DSSR), les prestataires de santé et les organisations de défense des droits des femmes font face à une intensification des attaques, des restrictions et des tentatives de délégitimation. Ces défis étaient au cœur du panel « Défendre les droits dans des contextes hostiles », qui a mis en lumière la manière dont l’opposition aux DSSR est de plus en plus structurée, bien financée et souvent présentée à travers des discours invoquant la « culture », la « morale » ou les « valeurs africaines ».

Dr Jessica Oga, Directrice du groupe de réflexion Ubingwa Think Tank, Afya Na Haki, a souligné :

« Le cadrage culturel est l’outil le plus sophistiqué de l’arsenal anti-droits. Lorsqu’une femme défend aujourd’hui les droits reproductifs en Afrique, elle n’est pas présentée comme une défenseure des droits humains. Elle est présentée comme trahissant sa culture, sa communauté et son identité. La réponse n’est pas d’abandonner la conversation culturelle. La réponse consiste à se la réapproprier en s’appuyant sur la jurisprudence africaine, l’architecture des traités africains et la propre définition africaine de l’Ubuntu, une définition qui protège les plus vulnérables. »

Les intervenant·e·s ont souligné que cette réaction hostile ne survient pas de manière isolée. Elle s’inscrit dans un contexte plus large de rétrécissement de l’espace civique, marqué par des lois restrictives, des pressions réglementaires exercées sur la société civile et une augmentation des risques auxquels sont exposés les défenseur·e·s des droits humains, en particulier les femmes et les personnes travaillant sur l’égalité de genre et l’autonomie corporelle.

La désinformation genrée, les intimidations et le harcèlement judiciaire continuent d’affaiblir à la fois le plaidoyer et la prestation de services, avec des conséquences directes sur l’accès aux soins de santé sexuelle et reproductive.

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Dr Jessica Oga, Directrice du groupe de réflexion Ubingwa Think Tank, Afya Na Haki

Les réalités vécues par les défenseur·e·s et les prestataires de services

Le panel a mis en lumière des exemples concrets de la manière dont les réactions hostiles affectent le travail au quotidien. Les prestataires de services en santé et droits sexuels et reproductifs (SDSR) ainsi que les défenseur·e·s des droits ont décrit des situations d’intimidation professionnelle, de harcèlement réglementaire et d’attaques personnelles qui perturbent la prestation des services et créent un climat de peur. S’appuyant sur son expérience de terrain, Nelly Munyasia, Directrice exécutive de Reproductive Health Network Kenya (RHNK), a souligné la pression exercée sur les systèmes de prestation de services :

« La réduction des financements et leur réorientation progressive loin des approches fondées sur les droits entraînent une fragmentation du système de santé, notamment par le démantèlement de l’intégration des services de droits et santé sexuelle et reproductive (DSSR). »

 

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Nelly Munyasia, Directrice exécutive du Reproductive Health Network Kenya (RHNK)

Résistance institutionnelle et rôle des Institutions nationales des droits humains (INDH)

Les intervenant·e·s ont également examiné la manière dont les lois et cadres réglementaires sont de plus en plus utilisés pour restreindre le plaidoyer en faveur des droits en matière de santé et droits sexuels et reproductifs (SDSR), souvent de façon indirecte, à travers des règles de délivrance d’autorisations, des restrictions de financement ou encore des dispositions floues liées à l’ordre public.

Un moment clé du panel a porté sur le rôle préventif que peuvent jouer les Institutions nationales des droits humains (INDH) lorsque les droits sont menacés. La Commissaire Halima Dibba, de la Commission nationale des droits humains de Gambie, est revenue sur les récents efforts déployés en Gambie pour contrer les tentatives visant à remettre en cause les protections contre les mutilations génitales féminines (MGF). La Commissaire Dibba a souligné :

« La régression n’est pas une fatalité. Lorsque les institutions agissent tôt, fondent leurs positions sur le droit et travaillent en étroite collaboration avec la société civile, il est possible d’empêcher des reculs préjudiciables avant qu’ils ne s’installent. »

Les échanges ont mis en avant ce cas comme un exemple de la manière dont une action institutionnelle coordonnée peut protéger les acquis existants et renforcer la confiance du public dans les mécanismes de protection des droits humains.

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Commissaire Halima Dibba, Commission nationale des droits humains de Gambie

Renforcer la protection, la résilience et la solidarité

Tout au long des échanges, les participant·e·s ont identifié la protection et la solidarité comme des éléments essentiels à la pérennité des actions en faveur des droits en matière de santé et droits sexuels et reproductifs (SDSR) et des droits des femmes. Parmi les stratégies efficaces figurent l’appui juridique aux défenseur·e·s, les mesures de protection numérique et psychosociale, ainsi que le renforcement des alliances entre la société civile, les prestataires de santé, les leaders religieux et les institutions.

Un large consensus s’est dégagé autour d’un constat essentiel : aucun acteur ne peut, à lui seul, faire face à la réaction hostile actuelle. Les instances régionales, les États et les acteurs non étatiques doivent travailler ensemble afin de renforcer les mécanismes de redevabilité, protéger l’espace civique et garantir que les défenseur·e·s puissent exercer leurs activités sans crainte.

Les intervenant·e·s ont également réaffirmé que le Protocole de Maputo constitue une pierre angulaire de ces efforts, soulignant sa pertinence en tant qu’instrument vivant pour la protection de l’autonomie corporelle et de l’égalité de genre.

Perspectives d’avenir

Alors que la 87e session de la CADHP se poursuit, les discussions tenues à Banjul témoignent à la fois d’une préoccupation réelle et d’une forte détermination. Si les réactions hostiles aux SDSR et aux droits des femmes sont bien réelles et s’intensifient, la volonté des acteurs africains de défendre les acquis, protéger les défenseur·e·s et faire progresser des droits fondés sur l’égalité et la justice l’est tout autant.

Pour IPPF ARO et ses partenaires, ces échanges réaffirment l’importance d’un plaidoyer soutenu, d’un engagement régional fort et d’une solidarité constante avec celles et ceux qui sont en première ligne, afin de garantir que les droits en matière de santé sexuelle et reproductive, ainsi que les droits des femmes et des filles dans toute leur diversité, soient non seulement protégés, mais continuent de progresser.

when

region

Africa

Subject

Advocacy, Humanitarian, Sexual Health, Activism

Related Member Association

Reproductive Health Network Kenya