Articles about Afrique
Success Story du Burundi
Rehema se souvient davantage de la peur que de la douleur. À huit mois de grossesse, alors qu'elle vivait sur le site de réfugiés de Busuma, au Burundi, elle avait déjà effectué une fois le long trajet jusqu'à un centre de santé situé dans une autre zone. Pendant des heures, elle avait marché sous une chaleur accablante. Le chemin n'était pas seulement long : il était éprouvant, incertain et, parfois, tout simplement impossible à parcourir. « Je n'arrêtais pas de me demander : lorsque le moment viendra, est-ce que j'arriverai à temps ? », raconte-t-elle. Le site de Busuma s'est rapidement transformé en un vaste camp accueillant aujourd'hui près de 65 000 réfugiés congolais ayant fui le conflit de l'autre côté de la frontière. Parmi eux se trouvent plus d'un millier de femmes enceintes comme Rehema, confrontées au déplacement, à l'incertitude et à un accès limité aux soins. Pour les personnes vivant dans la zone B, le centre de santé le plus proche était situé à une distance difficilement franchissable. Beaucoup retardaient leur consultation. Certaines accouchaient à domicile. D'autres étaient contraintes de prendre des risques qu'elles ne pouvaient pas se permettre. Puis, tout a changé. Grâce au soutien du programme WISH 2, un nouveau centre de santé doté de services de maternité a ouvert ses portes au cœur de la zone B. Ce n'était pas seulement un nouveau bâtiment : c'était enfin des soins accessibles, à proximité des communautés. Lorsque le travail a commencé, Rehema n'a plus eu à marcher pendant des heures. Elle n'a plus eu à choisir entre parcourir une longue distance et assurer sa sécurité. Elle s'est rendue dans ce nouveau centre. Les installations étaient simples. Les locaux étaient modestes. Mais les soins étaient là. « Ils m'ont accueillie avec beaucoup de bienveillance et de compassion », raconte-t-elle. « Grâce à leur accompagnement, j'ai pu accoucher de mon bébé en toute sécurité. » Pour Rehema, ce moment a tout changé. Elle n'était plus seule. Des professionnels de santé qualifiés étaient à ses côtés. Les risques liés à un accouchement sans assistance ne reposaient plus sur ses épaules. Lorsque son bébé a poussé son premier cri, ce n'était pas seulement un immense soulagement. C'était aussi la sécurité, la dignité et le sentiment d'être prise en considération. Avant son départ, l'équipe lui a remis un petit kit pour nouveau-né ainsi que de la lessive. Un geste simple, mais qui l'a profondément marquée. « Je me suis sentie prise en charge », confie-t-elle. « Je les remercie, et j'espère que d'autres femmes pourront bénéficier du même soutien. » Au cours de son tout premier mois d'activité, le centre a accompagné 28 accouchements sécurisés, comme celui de Rehema. Il a également pris en charge des survivantes de violences, traité des infections et permis à des dizaines de femmes d'accéder, pour la première fois, à des services de planification familiale. Mais au-delà des chiffres, c'est toute la communauté qui a ressenti le changement. Les femmes n'attendent plus dans la peur. Les volontaires communautaires parcourent désormais le camp, rendent visite aux familles, les orientent et les mettent en relation avec les services dont elles ont besoin. Un véritable système de prise en charge est désormais en place, permettant aux personnes d'accéder aux soins au moment où elles en ont le plus besoin. Pour Rehema, tout se résume à une phrase : « Je n'ai pas eu à traverser cette épreuve seule. » Et dans un contexte marqué par le déplacement forcé et l'incertitude, cela a fait toute la différence. Ce qui s'est passé à Busuma va bien au-delà de l'ouverture d'un centre de santé. Pour la première fois dans le cadre du programme WISH 2 au Burundi, des services de maternité ont été mis en place et rendus pleinement opérationnels dans un contexte humanitaire, rapprochant ainsi les soins obstétricaux des femmes qui en avaient le plus besoin. Cette initiative a transformé l'accès aux soins. Les femmes n'avaient plus à parcourir de longues distances ni à prendre des risques au moment de l'accouchement. Elles pouvaient désormais bénéficier, au sein même de leur communauté, de soins dispensés par des professionnels qualifiés, au bon moment et dans le respect de leur dignité. Cette expérience a également constitué un important apprentissage pour le programme. Elle a permis de mieux comprendre les conditions nécessaires à la mise en œuvre de services de maternité dans des contextes fragiles : recrutement du personnel, organisation clinique, mise en place de systèmes d'orientation efficaces et capacité d'adaptation face à des situations imprévisibles. Elle a enfin renforcé la manière dont WISH 2 intervient sur le terrain. Une meilleure coordination entre les prestataires de santé, les structures communautaires et les équipes du programme a permis de réagir rapidement, de s'adapter aux défis rencontrés et d'assurer la continuité des soins, même dans un environnement humanitaire complexe.
Temps Forts des Engagements en Plaidoyer de l'IPPF ARO - Union Africaine Janvier-Mai 2026
Découvrez comment IPPF Afrique contribue à façonner les politiques et à faire progresser les droits et la santé sexuels et reproductifs à travers le continent africain. Le document Temps forts des actions de plaidoyer d'IPPF Afrique auprès de l'Union africaine (janvier–mai 2026) offre un aperçu de nos principales initiatives, réalisations et avancées en matière de plaidoyer au sein des différentes plateformes de l'Union africaine au cours des cinq premiers mois de l'année 2026. Cette publication met en lumière la manière dont IPPF Afrique et ses Associations Membres collaborent avec les gouvernements, les institutions régionales, les organisations de la société civile et les jeunes afin de promouvoir les droits et la santé sexuels et reproductifs (DSSR), de faire progresser l'égalité des genres et de renforcer la participation significative des jeunes aux processus décisionnels à l'échelle du continent. Que vous soyez militant·e, décideur·e politique, partenaire, chercheur·euse, journaliste ou simplement intéressé·e par l'avenir des droits et de la santé sexuels et reproductifs en Afrique, cette publication vous apportera un éclairage précieux sur les partenariats, les processus d'élaboration des politiques et les actions collectives qui font avancer le changement à travers la région.
Comment une crèche contribue à l’autonomisation économique des femmes à Maurice
Depuis plus de trois décennies, une garderie communautaire située à La Tour Koenig, à Maurice, est bien plus qu'un simple service de garde d'enfants. En proposant des services de garde abordables, elle permet à des générations de femmes d'intégrer le marché du travail, de percevoir un revenu et, par conséquent, d'améliorer le bien-être de leurs familles. La garderie continue également de sensibiliser les parents aux questions de droits et de santé sexuels et reproductifs (DSSR). La garderie de La Tour Koenig est une entreprise sociale mise en place par la Mauritius Family Planning Welfare Association (MFPWA), membre associé de l'IPPF. Par Maryanne W. WAWERU Par une lumineuse matinée d'avril, Mme Kiran Seetohul, 50 ans, franchit les portes de la garderie de la MFPWA à La Tour Koenig, une localité située au sud de Port-Louis, la capitale de Maurice. Son petit-fils de sept mois dans les bras, elle est chaleureusement accueillie par la responsable de la garderie, Mme Marilyn Dhookit. L'établissement accueille à temps plein des enfants âgés de trois mois à trois ans et propose également un service de garde pour une quarantaine d'enfants du primaire pendant les vacances scolaires. Kiran travaille à proximité comme ouvrière journalière et revient habituellement chercher son petit-fils à 15 heures, à la fin de sa journée de travail. Les parents de l'enfant, tous deux âgés de 21 ans, travaillent de longues heures loin de leur domicile et ne disposent pas de la flexibilité nécessaire pour assurer eux-mêmes sa garde au quotidien. Faire appel à une nourrice dépasse également leurs moyens financiers. C'est là que Kiran, la grand-mère du bébé, joue un rôle essentiel. Grâce à son emploi du temps plus flexible, elle peut soutenir ce jeune foyer. Chaque matin, elle dépose son petit-fils à la garderie avant de se rendre au travail, puis vient le récupérer en fin d'après-midi sur le chemin du retour. Cette organisation profite à toute la famille. Kiran peut continuer à percevoir un revenu, tandis que sa fille et son gendre peuvent eux aussi travailler sereinement, sans avoir à s'inquiéter de la garde de leur enfant pendant la journée. Quant au bébé, il bénéficie d'un environnement sûr, stimulant et de soins de qualité. Pour un tarif mensuel de 3 500 roupies mauriciennes (76 dollars américains), la garderie offre à la famille une solution de garde fiable et financièrement accessible. Kiran ne tarit pas d'éloges à son sujet : "J'aime beaucoup cette garderie parce qu'elle est propre, spacieuse et très agréable pour les bébés. Ils y trouvent de nombreuses activités adaptées à leur âge, le personnel est accueillant et le tarif est tout à fait abordable. C'est un excellent endroit pour mon petit-fils." Une garderie qui accompagne le développement global de l'enfant La garderie de la MFPWA à La Tour Koenig est un espace sûr où les enfants apprennent, mangent, jouent et s'épanouissent au fil de leur croissance. Grâce à une variété d'activités stimulantes, notamment des jouets colorés, de la musique et des jeux en plein air, elle offre un environnement chaleureux et propice à leur développement. La garderie favorise ainsi leur épanouissement physique, cognitif, émotionnel et social. "Les éducatrices donnent aux enfants des repas nutritifs, veillent à ce qu'ils restent bien hydratés et s'assurent qu'ils soient toujours propres et à l'aise. Elles changent leurs couches, leur donnent leur bain et tiennent également un carnet de suivi quotidien pour chaque enfant. Ainsi, lorsque vous venez récupérer votre enfant, vous recevez un compte rendu détaillé de sa journée. Je trouve cela très professionnel et très rassurant. Chaque fois que je viens chercher mon petit-fils l'après-midi, je le retrouve heureux, propre et bien nourri. C'est pour cela que j'aime cet endroit, et je vois bien que mon petit-fils l'aime aussi", confie Kiran, le sourire aux lèvres. L'excellente réputation dont jouit la garderie depuis de nombreuses années dans la communauté de La Tour Koenig a largement influencé le choix de la famille. Si Kiran connaissait déjà l'existence du centre, les recommandations de la famille de son gendre ont renforcé sa confiance. "Cinq de ses cousins y avaient déjà inscrit leurs bébés et ils n'ont eu que des éloges pour les services proposés. Cela m'a permis de convaincre plus facilement ma fille de reprendre son travail à la fin de son congé de maternité, en lui assurant que je me chargerais chaque jour d'emmener et de récupérer son fils. Ils sont une jeune famille, et cette garderie améliore directement leur situation financière en leur permettant de travailler l'esprit tranquille. Sans cette structure, ma fille aurait dû quitter son emploi pour s'occuper de son bébé", explique Kiran. Pour des familles comme celle de Kiran, la garderie constitue un véritable filet de sécurité. Elle permet aux parents de poursuivre leur activité professionnelle et de générer un revenu, tout en ayant l'assurance que leurs jeunes enfants bénéficient de soins de qualité dans un environnement sûr et bienveillant tout au long de la journée. Une réponse de la MFPWA à un besoin émergent Créée il y a 38 ans, la garderie de la MFPWA à La Tour Koenig est née à une époque où les femmes faisaient face à d'importants obstacles pour intégrer le marché du travail, principalement en raison du manque de solutions de garde d'enfants sûres et abordables. Selon Mme Vidya Charan, Directrice exécutive de la MFPWA, cette structure a été créée pour répondre à un besoin urgent de la communauté. "À cette époque, le pays menait d'importantes campagnes de planification familiale qui mettaient également l'accent sur l'autonomisation des femmes. À mesure qu'elles commençaient à mieux planifier leurs grossesses et la taille de leur famille, beaucoup aspiraient à intégrer le marché du travail afin d'acquérir une autonomie financière. Mais elles n'avaient personne à qui confier leurs enfants à la maison, ce qui constituait un obstacle majeur à leurs ambitions. Il était donc indispensable de trouver une solution à ce problème", explique-t-elle. Face à cette réalité, la MFPWA a cherché des moyens concrets d'accompagner les mères actives. C'est ainsi qu'est née l'idée de créer une garderie. "Nous avons imaginé un lieu où les mères pourraient laisser leurs enfants en toute sécurité pendant qu'elles travaillent. Mais la création d'une telle structure nécessitait des investissements et des ressources dont nous ne disposions malheureusement pas. Nous avons donc soumis une proposition au gouvernement", raconte-t-elle. En réponse, le gouvernement mauricien, par l'intermédiaire du ministère de l'Égalité des genres et du Bien-être de la famille, a mis gratuitement un bâtiment à la disposition de la MFPWA. Cette collaboration a été rendue possible grâce à la relation de confiance que l'organisation entretenait depuis longtemps avec les autorités, qui reconnaissaient son engagement en faveur des familles ainsi que de l'autonomisation des femmes et des filles. "Peu à peu, davantage de femmes ont commencé à travailler dans les usines textiles, l'agriculture, les bureaux ou encore le secteur de la santé. Elles disposaient enfin d'un lieu sûr et fiable où laisser leurs enfants. Elles pouvaient désormais exercer leur activité professionnelle sans avoir à s'inquiéter de leur prise en charge", explique la Directrice exécutive qui rajouta que la garderie accueille les enfants du lundi au vendredi de 8 h à 17 h, ainsi que le samedi matin. Mme Marilyn Dookhit, qui travaille au sein de la garderie depuis 31 ans, a été témoin de l'impact durable qu'un service de garde fiable peut avoir sur la vie des familles. "Lorsqu'elles savent que leurs enfants sont en sécurité, les femmes travaillent avec beaucoup plus de sérénité et sont davantage concentrées sur leurs tâches. Elles nous le disent elles-mêmes lorsqu'elles déposent ou viennent récupérer leurs enfants. Le nombre important de familles qui nous sont recommandées ou qui reviennent vers nous au fil des années témoigne également de la qualité de nos services. Grâce à leur emploi, ces femmes ont pu financer les études de leurs enfants et mieux subvenir aux besoins de leur famille. Leur situation économique s'est améliorée. Nous les voyons évoluer au sein de la communauté, et il est évident que le fait d'avoir pu travailler en toute tranquillité pendant que leurs enfants étaient pris en charge dans notre garderie a largement contribué à améliorer leur qualité de vie." Une porte d'entrée vers l'information et les services de DSSR Au-delà de son rôle dans l'autonomisation économique des femmes en leur permettant d'accéder au marché du travail, la garderie de la MFPWA à La Tour Koenig constitue également un point d'accès essentiel à l'information et aux services en matière de droits et de santé sexuels et reproductifs (DSSR). "Nous organisons régulièrement des journées dédiées aux parents, au cours desquelles nous les réunissons pour échanger sur différentes questions liées au développement de l'enfant. Ces rencontres sont aussi l'occasion de leur fournir des informations et des services en matière de DSSR, notamment sur la planification familiale, les grossesses chez les adolescentes, le conseil et le dépistage du VIH, ainsi que des services spécialisés tels que les frottis cervicaux et les examens de laboratoire. Nous orientons également les personnes qui en ont besoin vers nos structures médicales ou vers nos établissements partenaires, notamment les hôpitaux publics", explique Mme Vidya Charan, Directrice exécutive de la MFPWA. Le soutien de la communauté, un gage de pérennité En tant qu'entreprise sociale, la garderie de la MFPWA concilie service à la communauté et viabilité financière. Ce modèle lui permet de répondre durablement aux besoins des familles tout en générant les ressources nécessaires à son fonctionnement. "Si le gouvernement nous a fourni le bâtiment, les membres de la communauté ont contribué à l'équiper en faisant don de lits pour enfants, de tables, de chaises, de rideaux ainsi que d'appareils électroménagers, notamment un réfrigérateur. Nous recevons également régulièrement des dons de jouets, de couches et de denrées alimentaires pour les enfants", explique Mme Vidya Charan. Afin de garantir la qualité des services, la garderie fonctionne conformément aux normes strictes établies par les autorités mauriciennes. "Le ministère effectue régulièrement des visites de suivi et des inspections afin de vérifier notre conformité. Nous respectons l'ensemble des exigences gouvernementales, ce qui garantit aux enfants un environnement sûr et sécurisé", précise-t-elle. Par ailleurs, le personnel de la garderie bénéficie régulièrement de formations sur des thématiques essentielles telles que la préparation aux situations d'urgence, les premiers secours et le développement de l'enfant. Ces renforcements de capacités permettent d'assurer une prise en charge de qualité par une équipe qualifiée et bien préparée. Pour les familles de La Tour Koenig, la garderie de la MFPWA est bien plus qu'un simple lieu de garde. Elle constitue un véritable levier d'autonomisation économique des femmes, un environnement sûr et bienveillant où les enfants peuvent s'épanouir, ainsi qu'un centre de référence où les parents peuvent accéder à des informations et à des services en matière de droits et de santé sexuels et reproductifs, proposés par l'une des principales organisations de santé du pays.
Les parents sont devenus des ambassadeurs de l’éducation à la sexualité au sein de leur communauté.
L’Association membre de l’IPPF au Ghana, la Planned Parenthood Association of Ghana (PPAG), met en œuvre une initiative appelée « Sista’s Clubs », des espaces participatifs destinés aux adolescentes et aux jeunes femmes au niveau communautaire, où elles peuvent échanger sur des questions liées à la santé sexuelle et reproductive (SSR). Ces clubs favorisent un environnement propice à l’éducation à la sexualité grâce à des actions de plaidoyer menées au sein des communautés. Récemment, la PPAG a organisé une formation visant à renforcer les capacités des animatrices et animateurs afin qu’ils puissent conduire efficacement les sessions des « Sista’s Clubs ». L’une des animatrices, Zubaida Salifu, partage son expérience et témoigne de l’impact positif que ces clubs continuent d’avoir dans sa communauté. Zubaida s’est entretenue avec Maryanne W. Waweru. Je m’appelle Zubaida Salifu, j’ai 23 ans et je suis étudiante en dernière année de licence en sciences de l’éducation. Je suis passionnée par la transmission du savoir aux jeunes, ce qui explique mon ambition de devenir enseignante. Je suis également éducatrice de pairs formée par la Planned Parenthood Association of Ghana (PPAG), l’association membre de l’IPPF au Ghana, et je suis basée dans sa branche de Tamale, dans le nord du pays. La PPAG me permet de poursuivre ce qui me passionne le plus : sensibiliser les jeunes à leurs droits et à leur santé sexuels et reproductifs (DSSR). Je suis particulièrement engagée dans l’autonomisation des adolescentes et des jeunes femmes. Lutter contre les grossesses précoces dans la communauté Dans ma communauté de Katariga, située dans le district de Sagnarigu à Tamale, les grossesses adolescentes constituent depuis des décennies une préoccupation majeure. Lorsque j’étais plus jeune, plusieurs de mes amies ont abandonné l’école après être tombées enceintes. J’ai été témoin des conséquences négatives de la maternité précoce, notamment l’interruption de la scolarité et l’abandon des ambitions de nombreuses jeunes filles. Cette réalité a nourri mon désir de devenir une actrice du changement. Mon engagement au sein du groupe de jeunes bénévoles de la PPAG m’a permis de concrétiser cet objectif. Aujourd’hui, grâce à mon parcours scolaire et à mon implication auprès de la PPAG, je suis considérée comme l’un des modèles féminins de confiance de la communauté de Katariga. Parmi mes responsabilités figure l’animation d’espaces de discussion sécurisés pour les adolescentes à travers une initiative appelée « Sista’s Club ». Chaque samedi, de 9 h à 11 h, j’accueille un groupe d’environ 20 filles âgées de 13 à 19 ans. Avec la bénédiction de mes parents, nos rencontres se déroulent dans la cour de notre maison familiale. Les sessions du « Sista’s Club » visent à informer les adolescentes et les jeunes femmes sur les DSSR. Nous abordons des sujets tels que les relations entre filles et garçons, l’hygiène menstruelle, les grossesses précoces, le VIH/Sida et les relations saines avec les parents. Grâce aux formations régulières et aux sessions de renforcement des capacités organisées par la PPAG, je suis en mesure d’animer efficacement ces rencontres. Quand les parents rejoignent le mouvement Le « Sista’s Club » a généré des résultats remarquables. Ce qui avait commencé comme un espace d’autonomisation pour les adolescentes a progressivement impliqué les parents. Tout a commencé lorsqu’une mère, par curiosité, a décidé d’accompagner sa fille de 17 ans à l’une de nos rencontres. Elle a assisté discrètement à toute la session et, satisfaite de ce qu’elle avait entendu, a ensuite encouragé ses amies et voisines à inscrire leurs filles aux « réunions de Zubaida » du samedi matin. Selon elle, les discussions étaient très bénéfiques pour sa fille. Grâce à son témoignage, davantage de parents ont commencé à soutenir l’initiative et à encourager leurs filles à participer aux rencontres. Auparavant, beaucoup de parents se montraient réticents à l’idée que leurs enfants reçoivent une éducation à la sexualité, craignant que cela ne les incite à avoir des relations sexuelles précoces. Aujourd’hui, je suis heureuse de constater que les sessions du « Sista’s Club » ont contribué à dissiper ces inquiétudes en renforçant leur compréhension de l’importance d’une éducation à la sexualité adaptée à l’âge. Favoriser le dialogue entre adolescentes et parents Les retours que je reçois des participantes sont très encourageants. Elles me racontent qu’elles partagent désormais avec leurs parents ce qu’elles apprennent lors des sessions — une chose qui n’arrivait presque jamais auparavant. Sachant que de nombreux parents éprouvent des difficultés à parler de santé sexuelle et reproductive avec leurs enfants, les témoignages que je reçois, tant de la part des parents que des adolescentes, montrent que nos rencontres facilitent ces conversations. Aujourd’hui, lorsque je me promène dans le village, des parents m’arrêtent pour m’inviter chez eux afin de discuter avec leurs filles de leurs besoins en DSSR et de l’importance de poursuivre leurs études à cette étape cruciale de leur vie. Un impact positif sur l’éducation des filles Je suis heureuse de constater qu’au cours des deux dernières années, grâce aux activités éducatives menées dans la communauté et à l’implication des parents, davantage de filles sont restées à l’école. Les abandons scolaires liés aux grossesses précoces sont désormais moins fréquents, car les jeunes filles disposent de meilleures informations pour prévenir les grossesses non désirées. Je connais également plusieurs jeunes mères qui, encouragées par leurs parents à la suite de nos échanges, ont repris leurs études. Il est réconfortant de voir de plus en plus de parents soutenir les initiatives d’éducation à la sexualité dans la communauté, ce qui était rare auparavant. Avec la diminution des grossesses adolescentes et le retour à l’école d’un plus grand nombre de jeunes mères, je suis convaincue qu’un changement profond est en cours à Katariga. Nous construisons une communauté de femmes autonomes et instruites, ce qui profitera à l’ensemble de la société. Comme le dit le proverbe : « Éduquer une femme, c’est éduquer toute une communauté. » Au regard des résultats observés jusqu’à présent, je suis convaincue que d’autres associations membres de l’IPPF ainsi que d’autres organisations communautaires pourraient reproduire avec succès le modèle des « Sista’s Clubs ». Ces espaces ont démontré que donner aux filles les connaissances nécessaires sur leur santé et leurs droits sexuels et reproductifs ne bénéficie pas seulement aux adolescentes elles-mêmes, mais renforce également les parents et, par extension, toute la communauté.
Leçons tirées du programme SCAAO pour faire progresser les soins liés à l’avortement dans des contextes difficiles.
Alors que des délégués de 34 pays africains se réunissaient à Mombasa, au Kenya, du 2 au 5 juin 2026, à l’occasion de la 9ᵉ Conférence scientifique panafricaine de la RHNK sur la santé et les droits sexuels et reproductifs des adolescent·e·s et des jeunes (AYSRHR), l’une des discussions clés a porté sur l’élargissement de l’accès à des soins d’avortement de qualité à travers l’Afrique. La conférence était organisée par Reproductive Health Network Kenya (RHNK), l’association membre de l’IPPF au Kenya. Parmi les initiateurs de cette réflexion figurait M. Kader Avonnon, responsable du programme Soins Complets d’Avortement en Afrique de l’Ouest (SCAAO) au Bureau régional Afrique de l’IPPF. Financé conjointement par la Fondation Hewlett et la Foundation for a Just Society International, le programme SCAAO vise à élargir l’accès à des soins d’avortement centrés sur la personne pour les femmes et les filles en Afrique de l’Ouest et du Centre francophone. Au cours de la conférence, M. Avonnon a animé un panel réunissant les associations membres de l’IPPF mettant en œuvre le programme, mettant en lumière plusieurs de ses réussites à ce jour. Dans cet entretien accordé à Maryanne W. Waweru, il revient sur les principaux enseignements et messages issus de cette session. Le programme SCAAO est mis en œuvre par les associations membres de l’IPPF au Niger, au Togo, au Burkina Faso et au Cameroun. Lors du panel que vous avez animé, quels enseignements espériez-vous que les participants retiennent ? Tout en réaffirmant l’importance de reconnaître l’avortement comme un soin de santé essentiel, la session a mis en lumière les approches du programme qui se sont révélées efficaces pour faire progresser les lois, les politiques et l’accès aux services d’avortement dans certains des contextes les plus difficiles d’Afrique. De nombreux participants issus des différents pays représentés à la conférence ont souligné les défis et obstacles auxquels ils sont confrontés dans leurs efforts visant à élargir l’accès aux soins d’avortement dans des environnements juridiques et sociaux complexes et fortement restrictifs. En nous appuyant sur l’expérience du programme SCAAO, nous avons donc cherché à démontrer que des avancées sont bel et bien possibles. Pour cela, nous avons présenté des outils pratiques, des approches innovantes et des stratégies fondées sur des données probantes qui continuent de produire des résultats concrets dans les pays où nous intervenons. Selon vous, quelle est la réalisation la plus significative du programme SCAAO à ce jour, et pourquoi ? La réalisation la plus significative du programme SCAAO à ce jour est la création d’un espace croissant de dialogue ouvert et constructif sur les soins liés à l’avortement en Afrique de l’Ouest et du Centre francophone. Ces échanges avec des parties prenantes clés; notamment les gouvernements, les acteurs de la société civile, les législateurs, les leaders religieux, les défenseur·e·s des droits des femmes et les prestataires de santé — se sont traduits par un renforcement de l’engagement politique dans des pays comme le Cameroun, le Niger et le Togo. Même dans des contextes difficiles tels que le Niger, des réformes juridiques ont permis d’élargir l’accès aux soins d’avortement dans les cas de viol et d’inceste. Les résultats sont également visibles au niveau de la prestation de services: les associations membres de l’IPPF au Cameroun et au Togo rapportent une augmentation du nombre de femmes ayant accès à des services centrés sur la personne dans leurs structures. Ces évolutions démontrent qu’un progrès est possible, même dans des environnements restrictifs. L’une des approches centrales du SCAAO est de favoriser la collaboration entre des acteurs de différents secteurs. En quoi cette approche multisectorielle a-t-elle contribué au succès du programme ? L’une des stratégies les plus importantes du programme SCAAO a été sa capacité à créer des ponts entre les gouvernements, la société civile, les leaders politiques et religieux locaux, les prestataires de santé ainsi que d’autres parties prenantes clés. Cette approche collaborative a contribué à instaurer un environnement favorable au plaidoyer en faveur de soins d’avortement de qualité, centrés sur la personne. Nous avons observé des résultats concrets au Togo et au Cameroun, où les ministères de la Santé et de la Justice ainsi que des parlementaires travaillent ensemble à l’élaboration d’une feuille de route visant à améliorer les lois sur l’avortement. Au Niger, le ministère de la Santé a pris en charge plusieurs initiatives du SCAAO, notamment en finançant et en mettant en œuvre des activités telles que la formation des prestataires de santé — un signe fort d’engagement et de durabilité. Au niveau national, le programme a également soutenu la mise en place de réseaux et de groupes de travail visant à maintenir la dynamique, renforcer l’engagement des décideurs et promouvoir la redevabilité. Nous avons aussi observé des collaborations inspirantes autour de campagnes de plaidoyer, notamment à l’occasion de la Journée internationale pour l’avortement sûr. La conférence de la RHNK a réuni plus d’un millier de défenseur·e·s des DSSR, prestataires de santé, chercheur·e·s, décideur·e·s politiques et jeunes leaders venus de toute l’Afrique. En quoi des forums comme celui-ci sont-ils importants pour faire progresser l’accès aux soins d’avortement et la justice reproductive sur le continent ? Les plateformes comme la conférence de la RHNK nous rappellent que nous ne travaillons pas isolément, mais que nous faisons partie d’un mouvement plus large œuvrant vers un objectif commun. Pour de nombreux prestataires de santé, les défis peuvent parfois sembler écrasants, en particulier dans des environnements restrictifs. Des conférences comme celle-ci offrent non seulement un espace d’apprentissage et d’échange, mais aussi un véritable sentiment de communauté et de solidarité. La conférence de la RHNK n’était pas seulement un lieu de partage de stratégies, mais aussi un espace d’écoute mutuelle, d’apprentissage à partir d’expériences réelles et de renforcement à travers un engagement commun. Ces rencontres nous offrent l’opportunité d’affiner nos approches, de construire de véritables partenariats et d’élargir nos réseaux. En regardant vers l’avenir, quelles sont les priorités de la Phase 2 du SCAAO (2025-2028), et comment le programme va-t-il capitaliser sur les acquis obtenus jusqu’à présent ? L’une des priorités clés de la phase 2 du programme SCAAO est de poursuivre le plaidoyer en faveur des réformes juridiques et politiques. Nous souhaitons également consolider nos partenariats avec les gouvernements, les organisations de la société civile, les parlementaires, les leaders religieux, les prestataires de santé et d’autres acteurs clés, afin de garantir que les résultats soient portés localement et durables. Tout en renforçant ces réseaux, nous visons aussi à préserver les acquis déjà obtenus. Par ailleurs, nous resterons vigilants face aux tentatives de recul des droits liés à l’avortement. Nous restons pleinement engagés à garantir que les femmes et les filles en Afrique aient un accès élargi à des soins d’avortement de qualité, centrés sur la personne. Ce qui me donne de l’espoir, c’est l’énergie observée lors de la conférence, en particulier la force et l’engagement des jeunes. Leurs voix, combinées aux réseaux que nous construisons, nous aideront à relever les défis à venir et à transformer nos ambitions en réalité.
DÉCLARATION CONJOINTE : À l’issue de la 4ᵉ Conférence interparlementaire africaine sur la famille, la souveraineté et les valeurs.
DÉCLARATION CONJOINTE À l’issue de la 4ᵉ Conférence interparlementaire africaine sur la famille, la souveraineté et les valeurs. À l’issue de la 4ᵉ Conférence interparlementaire africaine sur la famille, la souveraineté et les valeurs, tenue à Accra, au Ghana, nous unissons nos voix à celles des militant·e·s, féministes, défenseur·e·s des droits humains, organisateur·rice·s communautaires et citoyen·ne·s ordinaires à travers le continent, qui s’inquiètent de plus en plus de l’instrumentalisation croissante des « valeurs familiales », de la « culture africaine » et de la « souveraineté » comme outils politiques servant à justifier l’exclusion, la discrimination et l’érosion des droits des Africain·e·s. À travers le continent, nous assistons à des efforts de plus en plus coordonnés visant à faire reculer les droits sexuels et reproductifs des femmes et des filles dans toute leur diversité, à affaiblir les droits civils et politiques de tous, à restreindre l’espace civique, à fragiliser les protections des droits humains et à présenter les personnes LGBTQI+ comme des menaces pour la société plutôt que comme des membres de nos communautés, de nos familles et de nos nations. Ces initiatives transfrontalières sont désormais intégrées à des réseaux parlementaires et se traduisent par des propositions législatives et politiques cherchant à redéfinir les lois, les institutions et les mécanismes africains de protection des droits humains, ainsi que la manière dont les notions de droits, de famille, de citoyenneté et d’appartenance sont comprises sur le continent. Elles remettent également en question les obligations des États africains de respecter, protéger et réaliser les droits humains. Nombre des discussions menées au nom de la protection des familles africaines reposent sur des prémisses erronées : qu’il n’existerait qu’un seul type de famille africaine digne d’être protégé, une seule manière d’appartenir à la société africaine et une seule conception de la société africaine elle-même. Cette vision ne reflète pas la réalité de nos communautés. Les familles africaines ont toujours été diverses, dynamiques et fondées sur le soin, la responsabilité et l’interdépendance. Nos sociétés sont culturellement et spirituellement diverses. Nos familles ont toujours inclus des familles élargies, des ménages dirigés par des grands-parents, des familles monoparentales, des structures familiales non hétérosexuelles, des réseaux de parenté, des familles adoptives et de nombreux autres systèmes de soutien et de solidarité qui soutiennent nos communautés depuis des générations. Cette tentative de réduire la reconnaissance juridique et politique à une vision unique de la famille ne renforce pas les familles africaines. Elle les affaiblit en créant un outil ciblé permettant d’exclure de nombreuses personnes qui en font déjà partie. CE QUE NOUS AVONS OBSERVÉ AU COURS DE LA CONFÉRENCE Le résultat le plus significatif de cette conférence est l’adoption de la proposition de Charte africaine sur la famille, la souveraineté et les valeurs. Loin d’être une simple déclaration symbolique, cette Charte est présentée comme un cadre continental destiné à influencer les législations nationales, les politiques publiques, l’éducation, la gouvernance de la santé ainsi que les institutions régionales des droits humains. Tout au long de la conférence, la famille a été présentée comme l’unité fondamentale de la société et comme le fondement à partir duquel les droits devraient être interprétés. Pourtant, les cadres africains et internationaux des droits humains reconnaissent que, si les familles méritent d’être protégées, les droits appartiennent avant tout aux individus. L’objectif du droit international des droits humains n’est pas simplement de protéger des institutions, y compris la famille, mais de garantir que chaque personne au sein de ces institutions bénéficie de la dignité, de l’égalité et de la liberté. Lorsque les droits des femmes, des enfants, des personnes LGBTQI+ ou d’autres membres de la famille sont subordonnés à une conception abstraite de l’unité familiale, cela ne renforce pas les familles ; cela crée davantage d’opportunités d’exclusion, de coercition et de violence. Les discussions tenues durant la conférence renforcent également les préoccupations déjà exprimées par les organisations de la société civile, les mouvements féministes, les médias, les défenseur·e·s de la santé publique, les acteurs de la justice économique, les défenseur·e·s des droits humains et les institutions africaines des droits humains. Alors que les organisateurs présentent leurs initiatives comme une défense des valeurs africaines et de la souveraineté, nombre des propositions avancées auraient de graves conséquences pour les droits humains, la santé publique, la gouvernance constitutionnelle et démocratique, la liberté académique, la participation citoyenne et la sécurité des communautés déjà marginalisées. Nous sommes particulièrement préoccupés par les tentatives de présenter la santé et les droits sexuels et reproductifs, l’égalité de genre, l’éducation complète à la sexualité et l’inclusion des personnes LGBTQI+ comme des concepts étrangers imposés à l’Afrique. De telles affirmations ignorent les longues luttes africaines pour la dignité, l’autonomie corporelle, la liberté et la justice. Elles effacent également le travail de milliers d’activistes, de défenseur·e·s des droits humains, de chercheurs, de professionnel·le·s de santé, de leaders communautaires et de mouvements sociaux africains qui ont porté ces débats depuis nos propres sociétés. Nous rejetons l’idée selon laquelle les droits et le bien-être des femmes, des filles, des personnes LGBTQI+ et d’autres groupes marginalisés seraient incompatibles avec les valeurs africaines. Nous rejetons également l’idée selon laquelle seuls les droits fondamentaux des groupes majoritaires devraient être protégés par l’État. Les revendications en matière de droits humains qui remettent en question les normes sociales dominantes ou les intérêts politiques sont légitimes et nécessaires. La force d’une société devrait être mesurée à sa capacité à protéger les personnes les plus exposées à la marginalisation, à la stigmatisation, à l’exclusion, à la violence et à la discrimination, et non à sa capacité à les réduire au silence. Il est également essentiel d’examiner de manière critique les affirmations selon lesquelles l’agenda de cette conférence constituerait une défense authentique de la souveraineté africaine. Les réseaux qui organisent, soutiennent et promeuvent depuis plusieurs années les conférences sur les « valeurs familiales » à travers l’Afrique sont eux-mêmes profondément transnationaux. Depuis des années, des organisations disposant de ressources importantes, des groupes de plaidoyer et des acteurs politiques basés en dehors du continent financent des rencontres et coordonnent des campagnes visant à influencer les lois et politiques africaines en matière de genre, de sexualité, d’éducation et de droits reproductifs. Toute discussion sérieuse sur l’influence étrangère doit donc prendre en compte l’ensemble des sources d’influence, y compris celles qui opèrent au sein du mouvement des « valeurs familiales ». UN MOMENT CRUCIAL POUR LE GHANA Cette conférence intervient à un moment déterminant pour le Ghana, alors que le projet de loi sur les droits sexuels humains et les valeurs familiales a été adopté par le Parlement et attend désormais la promulgation présidentielle. Ce projet de loi soulève de graves préoccupations sur les plans constitutionnel, des droits humains, de la santé publique et de la démocratie. Ses dispositions vont bien au-delà de la criminalisation des relations entre personnes de même sexe et touchent également aux questions d’identité, d’expression, d’association, de plaidoyer et de soutien. S’il était promulgué, il légitimerait davantage la discrimination, renforcerait la peur et la stigmatisation, réduirait l’espace civique et exposerait davantage les communautés déjà vulnérables à la violence et à l’exclusion. Alors que les Ghanéens sont confrontés à d’importants défis économiques et sociaux, cette législation n’apporte aucune solution concrète ni bénéfice tangible. Elle ne créera pas d’emplois, n’améliorera pas l’accès aux soins de santé, ne renforcera pas le système éducatif et ne réduira pas les inégalités. Au contraire, elle risque de détourner l’attention des priorités nationales urgentes tout en créant de nouveaux mécanismes de surveillance, de harcèlement et de division sociale. C’est pourquoi nous nous opposons fermement aux fondements de la Charte africaine sur la famille, la souveraineté et les valeurs ainsi qu’au projet de loi sur les droits sexuels humains et les valeurs familiales. NOUS APPELONS : Le Président John Dramani Mahama à ne pas promulguer le projet de loi sur les droits sexuels humains et les valeurs familiales. La décision qui lui incombe n’est pas seulement politique ; elle constitue également une responsabilité constitutionnelle, morale et historique dont les conséquences dépasseront largement le contexte actuel et les communautés directement visées par cette législation. En rejetant ce projet de loi, le Ghana peut réaffirmer son engagement de longue date en faveur de la gouvernance démocratique, du constitutionnalisme et des libertés fondamentales, tout en faisant preuve d’un leadership de principe à un moment où les droits humains et les institutions démocratiques sont soumis à des pressions croissantes à travers le monde. Les États africains à rejeter toute instrumentalisation de la culture, de la religion, de la famille et de la souveraineté comme justification de la discrimination et de l’exclusion. L’Union africaine et les institutions régionales des droits humains à protéger l’intégrité du système africain des droits humains et à résister aux tentatives visant à affaiblir les protections existantes en matière d’égalité, de dignité et de liberté. Les missions diplomatiques, partenaires au développement et organisations internationales à poursuivre leur soutien aux droits humains, aux libertés civiques et à la gouvernance démocratique sur le continent. Les acteurs de la société civile, les médias, les universitaires, les leaders traditionnels et religieux à favoriser des conversations ouvertes et honnêtes sur la famille, l’appartenance et la justice sociale qui reflètent les réalités des communautés africaines. Enfin, nous appelons toutes les personnes engagées en faveur d’une Afrique plus juste et inclusive à continuer de construire les alliances, les mouvements et les solidarités nécessaires pour résister aux tentatives de division et préserver notre humanité commune. L’avenir de l’Afrique ne peut être construit sur l’exclusion. Il doit être fondé sur la dignité, la justice, la liberté, le soin et la reconnaissance que nos sociétés sont plus fortes lorsque chaque personne a sa place. Signataires CHEVS IPPF Africa Region Outright International GALCK+ African LBTIQ Caucus
Foire aux questions IMAP: Utilisation de la prophylaxie préexposition (PrEP) et du traitement hormonal d’affirmation de genre (THAG) pour les personnes transgenres et de diverses identités de genre
La PrEP est l’un des outils les plus efficaces dont nous disposons pour prévenir le VIH. Pourtant, de nombreuses personnes se posent encore des questions sur ce qu’elle est, à qui elle s’adresse et comment elle peut s’intégrer dans leur vie quotidienne. Peut-on prendre la PrEP lorsqu’on suit un traitement hormonal d’affirmation de genre ? Y a-t-il des effets secondaires ? Et pourquoi tant de personnes transgenres et de diversité de genre rencontrent-elles encore des obstacles pour y accéder ? Nous avons consulté le Panel consultatif médical international de l’IPPF (IMAP) afin de répondre aux questions les plus fréquemment posées par la communauté concernant la PrEP : son fonctionnement, les personnes qui peuvent en bénéficier, ainsi que les réalités liées à la prévention du VIH, aux systèmes de santé et aux soins d’affirmation de genre. Que vous envisagiez de prendre la PrEP, que vous souteniez une personne qui y réfléchit ou que vous soyez simplement curieux, voici ce qu’il faut savoir. Qu’est-ce que la PrEP ? La prophylaxie pré-exposition (PrEP) consiste à utiliser des médicaments antirétroviraux par des personnes séronégatives afin de réduire leur risque de contracter le VIH (1). La PrEP est utilisée pendant les périodes où une personne estime être particulièrement exposée au risque d’infection par le VIH. Il existe plusieurs méthodes d’administration et schémas thérapeutiques, tandis que de nouvelles options sont également en cours de développement. Les options actuellement disponibles comprennent : Un comprimé oral ; Un anneau vaginal ; Des injections à longue durée d’action. Qui devrait utiliser la PrEP ? La PrEP convient à toute personne qui se considère exposée au risque de VIH et qui souhaite réduire ce risque grâce à l’utilisation de médicaments (1). La PrEP a-t-elle des effets secondaires ? Comme tout médicament, la PrEP peut entraîner des effets secondaires chez certaines personnes. Les effets secondaires les plus courants sont généralement temporaires et peuvent inclure : Des nausées ; Des ballonnements ; De la diarrhée ; Des maux de tête ; Une sensation de vertige ou de faiblesse ; Des troubles du sommeil. Pour les formes injectables, des effets secondaires peuvent apparaître au site d’injection, notamment : Des ecchymoses ; Des douleurs ; De petits nodules. Les effets secondaires graves restent rares. La PrEP interfère-t-elle avec le traitement hormonal d’affirmation de genre ? Non. La PrEP ne réduit pas les niveaux hormonaux chez les personnes transgenres, non binaires et de diversité de genre suivant un traitement hormonal d’affirmation de genre (THAG) (2). Les études montrent que la PrEP est à la fois efficace et sûre pour les personnes de diversité de genre et devrait être proposée aux personnes présentant un risque élevé de VIH, indépendamment de leur utilisation d’un traitement hormonal. Aucune différence mesurable des taux hormonaux sanguins n’a été observée entre les utilisateurs et les non-utilisateurs de PrEP suivant un THAG (3). Toutefois, les concentrations sanguines des médicaments de la PrEP chez les femmes transgenres se sont révélées légèrement inférieures aux niveaux attendus, sans que cela ne semble compromettre leur efficacité dans la prévention de l’infection par le VIH (4). Existe-t-il des effets sexuels liés à la PrEP ou au traitement hormonal d’affirmation de genre chez les femmes transgenres ? La PrEP agit en réduisant la capacité du VIH à infecter les cellules immunitaires humaines ; elle n’a aucun effet sur le fonctionnement sexuel des organes sexuels. Le traitement hormonal d’affirmation de genre destiné aux femmes transgenres peut toutefois entraîner : Une diminution de la fonction érectile ; Une baisse de la libido ; Une réduction du volume de l’éjaculation. Ces effets doivent être abordés dans le cadre du processus de consentement éclairé et de la prise de décision partagée lors du début du traitement hormonal. Lorsque ces effets ne sont pas souhaités, plusieurs stratégies peuvent être envisagées afin de préserver pleinement la fonction sexuelle pénienne, notamment : L’utilisation d’inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5 (PDE5) tels que le sildénafil, le tadalafil ou le vardénafil pour faciliter les érections ; La masturbation ou l’activité sexuelle afin de maintenir une bonne vascularisation des tissus ; La réduction des doses d’antiandrogènes une fois les objectifs de féminisation atteints ; Le maintien de taux de testostérone légèrement supérieurs à ceux généralement observés chez les femmes cisgenres, soit par une réduction des doses hormonales, soit par l’ajout de faibles doses de testostérone (5). Quels sont les obstacles à l’utilisation de la PrEP ? L’accès aux soins de santé est essentiel pour une mise en œuvre efficace de la PrEP. Bien que les régions à revenu élevé aient enregistré jusqu’à présent davantage de succès dans la mise en œuvre de la PrEP et les campagnes de sensibilisation, de nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire accélèrent désormais l’accès à cet outil de prévention. Cependant, les études montrent que les femmes transgenres utilisent moins fréquemment les services de prévention, notamment en raison : D’un accès limité aux soins de santé ; De l’absence de couverture d’assurance pour la PrEP, les soins d’affirmation de genre et les traitements associés ; De la peur de la discrimination et de la stigmatisation de la part des professionnels de santé (6). La réduction de ces obstacles est essentielle pour garantir un accès équitable à la prévention du VIH pour toutes les personnes qui en ont besoin. Références Déclaration du groupe consultatif médical international (IMAP) sur la prévention biomédicale du VIH 2023 consulté Mars 2026. Senneker T. Drug-Drug Interactions Between Gender-Affirming Hormone Therapy and Antiretrovirals for Treatment/ Prevention of HIV. Br J Clin Pharmacol. 2024;90:2366–2382. Grant RM, Pellegrini M, Defechereux PA, Anderson PL, Yu M, Glidden DV, O’Neal J, Yager J, Bhasin S, Sevelius J, Deutsch MB. Sex Hormone Therapy and Tenofovir Diphosphate Concentration in Dried Blood Spots: Primary Results of the Interactions Between Antiretrovirals And Transgender Hormones Study. Clin Infect Dis. 2021 Oct 5;73(7):e2117-e2123. doi: 10.1093/cid/ciaa1160. PMID: 32766890; PMCID: PMC8492111. Hiransuthikul A, Janamnuaysook R, Himmad K, et al. Drug drug interactions between feminizing hormone therapy and preexposure prophylaxis among transgender women: the iFACT study. J Int AIDS Soc 2019; 22(7): e25338. DOI: 10. 1002/jia2.25338. Sehgal I. Review of adult gender transition medications: mechanisms, efficacy measures, and pharmacogenomic considerations. Front Endocrinol (Lausanne). 2023 Jul 4;14:1184024. doi: 10.3389/fendo.2023.1184024. Teng F, Sha Y, Fletcher LM, Welsch M, Burns P, Tang W. Barriers to uptake of PrEP across the continuum among transgender women: A global scoping review. Int J STD AIDS. 2023 Apr;34(5):299-314. doi: 10.1177/09564624231152781. Epub 2023 Feb 15. PMID: 36793197
Déclaration de l’IPPF Afrique concernant le projet de loi ghanéen « Human Sexual Rights and Family Values Bill, 2025 »
2 juin 2026: la Fédération Internationale pour la Planification Familiale (IPPF) - Région Afrique condamne avec la plus grande fermeté l’adoption du projet de loi ghanéen relatif aux droits sexuels humains et aux valeurs familiales de 2025 (projet de loi anti-LGBTQ+). Ce projet de loi constitue une menace grave pour les droits humains, l’accès aux services de santé et la cohésion même de la société. Le projet de loi prévoit des peines d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à trois ans pour les personnes s’identifiant comme LGBTQ+, de cinq à dix ans pour ce qui est qualifié de “promotion” de l’homosexualité, interdit les organisations LGBTQ+ et criminalise l’utilisation des médias et des réseaux sociaux pour exprimer un soutien à l’existence des personnes LGBTQ+. Il ne s’agit pas d’une mesure de protection morale, mais bien d’une criminalisation de l’identité et de la solidarité. Si le Président Mahama promulgue cette loi, des personnes pourraient être emprisonnées simplement pour leur visibilité, leur engagement associatif ou l’expression de leur solidarité. Cette loi risque de fracturer les familles et les communautés, en plaçant parents, frères et sœurs, professionnels de santé, enseignants et bien d’autres face à un choix impossible entre l’amour de leurs proches et le respect de la loi. De manière plus concrète, ce projet de loi représente une extension significative du contrôle de l’État sur l’accès aux soins de santé. Il compromettrait les réponses de santé publique, notamment les services de prévention et de traitement du VIH. Il risquerait également de fragiliser le programme phare de gratuité des soins de santé primaires lancé par le Président plus tôt cette année. En criminalisant les actions de soutien vital menées par la société civile, il limiterait les interventions essentielles, encouragerait la surveillance, la dénonciation et la peur au sein des communautés, et renforcerait la stigmatisation ainsi que les violences à l’encontre des minorités sexuelles et de genre. Au-delà des préjudices immédiats qu’il engendre, ce projet de loi crée un précédent dangereux : celui selon lequel le Parlement peut criminaliser l’identité elle-même. Une fois ce principe établi, les droits fondamentaux deviennent conditionnels. À travers l’Afrique, nous observons une montée préoccupante de l’autoritarisme et de la panique morale, où les corps et les vies des personnes LGBTQ+, des femmes et d’autres groupes vulnérables sont instrumentalisés à des fins politiques. Sous l’influence de discours portés par des acteurs opposés aux droits humains, la criminalisation est présentée comme une forme de décolonisation et la répression comme une expression de souveraineté culturelle. En permettant à des acteurs étrangers d’influencer nos principes en matière de droits humains, les États africains portent atteinte aux citoyens les plus marginalisés et les plus vulnérables. La Région Afrique de l’IPPF exhorte fermement le Président John Dramani Mahama à ne pas promulguer ce projet de loi. Nous l’appelons respectueusement à rejeter cette atteinte flagrante aux droits humains et à protéger les droits de tous les Ghanéens, tout en concentrant les efforts du pays sur les défis structurels et institutionnels susceptibles d’améliorer concrètement la qualité de vie de l’ensemble de la population. La Région Afrique de l’IPPF demeure solidaire de l’ensemble de la communauté LGBTQ+, des défenseurs des droits humains, des prestataires de soins de santé et des organisations de la société civile qui poursuivent courageusement leur travail dans des conditions de plus en plus hostiles et dangereuses au Ghana, sur le continent africain et au-delà. FIN Pour toute information complémentaire ou pour solliciter une interview, veuillez contacter : Mahmoud GARGA, Responsable de la communication stratégique, de la voix institutionnelle et des médias, Bureau régional Afrique de l’IPPF – courriel : [email protected] / Tél. : +254 704 626 920 À propos de la Fédération Internationale pour la Planification Familiale (IPPF) La Fédération Internationale pour la Planification Familiale (IPPF) est un mouvement mondial de premier plan en matière de santé et de droits sexuels et reproductifs. Présente dans plus de 140 pays, elle œuvre pour garantir à chacun·e la liberté de faire ses propres choix concernant sa sexualité et sa santé reproductive, sans discrimination, coercition ni violence. L’IPPF fournit des services essentiels de santé sexuelle et reproductive, notamment en matière de contraception et d’avortement sécurisé, tout en défendant l’accès à des informations fiables et à des soins de qualité pour toutes et tous.
Déclaration de l’IPPF Afrique concernant le projet de loi ghanéen « Human Sexual Rights and Family Values Bill, 2025 »
2 juin 2026: la Fédération Internationale pour la Planification Familiale (IPPF) - Région Afrique condamne avec la plus grande fermeté l’adoption du projet de loi ghanéen relatif aux droits sexuels humains et aux valeurs familiales de 2025 (projet de loi anti-LGBTQ+). Ce projet de loi constitue une menace grave pour les droits humains, l’accès aux services de santé et la cohésion même de la société. Le projet de loi prévoit des peines d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à trois ans pour les personnes s’identifiant comme LGBTQ+, de cinq à dix ans pour ce qui est qualifié de “promotion” de l’homosexualité, interdit les organisations LGBTQ+ et criminalise l’utilisation des médias et des réseaux sociaux pour exprimer un soutien à l’existence des personnes LGBTQ+. Il ne s’agit pas d’une mesure de protection morale, mais bien d’une criminalisation de l’identité et de la solidarité. Si le Président Mahama promulgue cette loi, des personnes pourraient être emprisonnées simplement pour leur visibilité, leur engagement associatif ou l’expression de leur solidarité. Cette loi risque de fracturer les familles et les communautés, en plaçant parents, frères et sœurs, professionnels de santé, enseignants et bien d’autres face à un choix impossible entre l’amour de leurs proches et le respect de la loi. De manière plus concrète, ce projet de loi représente une extension significative du contrôle de l’État sur l’accès aux soins de santé. Il compromettrait les réponses de santé publique, notamment les services de prévention et de traitement du VIH. Il risquerait également de fragiliser le programme phare de gratuité des soins de santé primaires lancé par le Président plus tôt cette année. En criminalisant les actions de soutien vital menées par la société civile, il limiterait les interventions essentielles, encouragerait la surveillance, la dénonciation et la peur au sein des communautés, et renforcerait la stigmatisation ainsi que les violences à l’encontre des minorités sexuelles et de genre. Au-delà des préjudices immédiats qu’il engendre, ce projet de loi crée un précédent dangereux : celui selon lequel le Parlement peut criminaliser l’identité elle-même. Une fois ce principe établi, les droits fondamentaux deviennent conditionnels. À travers l’Afrique, nous observons une montée préoccupante de l’autoritarisme et de la panique morale, où les corps et les vies des personnes LGBTQ+, des femmes et d’autres groupes vulnérables sont instrumentalisés à des fins politiques. Sous l’influence de discours portés par des acteurs opposés aux droits humains, la criminalisation est présentée comme une forme de décolonisation et la répression comme une expression de souveraineté culturelle. En permettant à des acteurs étrangers d’influencer nos principes en matière de droits humains, les États africains portent atteinte aux citoyens les plus marginalisés et les plus vulnérables. La Région Afrique de l’IPPF exhorte fermement le Président John Dramani Mahama à ne pas promulguer ce projet de loi. Nous l’appelons respectueusement à rejeter cette atteinte flagrante aux droits humains et à protéger les droits de tous les Ghanéens, tout en concentrant les efforts du pays sur les défis structurels et institutionnels susceptibles d’améliorer concrètement la qualité de vie de l’ensemble de la population. La Région Afrique de l’IPPF demeure solidaire de l’ensemble de la communauté LGBTQ+, des défenseurs des droits humains, des prestataires de soins de santé et des organisations de la société civile qui poursuivent courageusement leur travail dans des conditions de plus en plus hostiles et dangereuses au Ghana, sur le continent africain et au-delà. FIN Pour toute information complémentaire ou pour solliciter une interview, veuillez contacter : Mahmoud GARGA, Responsable de la communication stratégique, de la voix institutionnelle et des médias, Bureau régional Afrique de l’IPPF – courriel : [email protected] / Tél. : +254 704 626 920 À propos de la Fédération Internationale pour la Planification Familiale (IPPF) La Fédération Internationale pour la Planification Familiale (IPPF) est un mouvement mondial de premier plan en matière de santé et de droits sexuels et reproductifs. Présente dans plus de 140 pays, elle œuvre pour garantir à chacun·e la liberté de faire ses propres choix concernant sa sexualité et sa santé reproductive, sans discrimination, coercition ni violence. L’IPPF fournit des services essentiels de santé sexuelle et reproductive, notamment en matière de contraception et d’avortement sécurisé, tout en défendant l’accès à des informations fiables et à des soins de qualité pour toutes et tous.
De la dispersion à une mobilisation structurée
La « solidarité inter-mouvements » est probablement la réponse que vous obtiendrez si vous demandez à un·e jeune engagé·e dans les espaces du développement ce qui mérite d’être renforcé. Travailler entre différents mouvements pour le bien commun. Je continue de croire et je continuerai à le répéter qu’à chaque intersection se trouve une possibilité de libération. Nous avons hérité d’un mandat renforcé : conceptualiser et mettre en œuvre un travail inter-mouvements en nous appuyant sur l’héritage de celles et ceux qui nous ont précédés. Aujourd’hui, une volonté grandissante émerge pour s’éloigner des mouvements isolés et cloisonnés, et évoluer vers une approche qui reconnaît que les droits humains sont fondamentalement interconnectés. Ainsi, notre manière de penser l’abolition, l’abrogation, la protection et le soin collectif doit, elle aussi, être intersectionnelle. Mais soyons clairs : l’organisation collective pousse parfois les personnes vers des compromis impossibles. Choisir entre se nourrir et manifester. Entre des « aménagements raisonnables » et l’accès aux espaces de décision politique. Entre la viabilité financière et l’impact réel. Personne ne devrait jamais avoir à choisir entre un ventre vide et un impact significatif. Pourtant, à travers la région et dans le monde, les mouvements — particulièrement ceux dirigés par des communautés marginalisées — sont consciemment ou inconsciemment contraints à ces arbitrages. Progressivement, cette réalité s’infiltre jusque dans la culture organisationnelle elle-même : la mise en concurrence permanente, les récits dictés par les agendas, la politique de la rareté, et l’oubli de qui nous sommes au-delà de notre simple survie. Nos fondations commencent alors à se détériorer, jusque dans notre sentiment d’appartenance : dans la perte des communautés et des espaces tiers qui ne sont ni commercialisés ni monétisés. Lorsque des groupes historiquement marginalisés se retrouvent en compétition pour des ressources limitées, les coalitions deviennent difficiles à maintenir. L’économie est toujours présente. L’argent est politique. Ces tensions ne sont pas imaginaires. En mars 2026, des militant·e·s et organisations issus des mouvements SRHR, LGBTQIA+, féministes, des personnes vivant avec le VIH, des travailleurs·euses du sexe et des mouvements communautaires se sont réunis à Abidjan, en Côte d’Ivoire, lors du Rassemblement intersectoriel pour renforcer les mouvements pour le genre et les droits en Afrique : de l’émergence à l’action, coorganisé par l’IPPF Région Afrique, Pan Africa ILGA et ILGA World. Au-delà des stratégies et analyses politiques, cette rencontre a également été une démonstration concrète d’unité et de solidarité inter-mouvements. Des acteurs issus de mouvements souvent séparés par les mécanismes de financement, les mandats, les langues, les frontières géographiques ou encore les pressions politiques se sont retrouvés dans un espace de dialogue partagé, réfléchissant non seulement aux menaces, mais aussi au soin, à la survie, au sentiment d’appartenance et à ce que pourrait encore signifier une libération collective en pratique. À bien des égards, cette rencontre n’avait pas seulement pour objectif de répondre à la montée des mouvements anti-droits ; elle visait aussi à permettre aux communautés de se reconnecter les unes aux autres au-delà des situations de crise. À travers les différents mouvements, des réalités similaires ont émergé : fragmentation, faible coordination, rétrécissement de l’espace civique, épuisement militant, concurrence pour les financements et pressions croissantes menant à l’autocensure. Les participant·e·s ont évoqué non seulement les attaques visibles menées par les mouvements anti-droits, mais aussi la normalisation plus discrète des idéologies anti-droits au sein même des institutions censées protéger les droits. Cela se manifeste à travers les systèmes de santé, les mécanismes de financement, les écosystèmes médiatiques, les discours religieux et les décisions bureaucratiques du quotidien. D’autres ont souligné à quel point la solidarité elle-même peut être mise à rude épreuve lorsque les mouvements sont contraints d’entrer en concurrence pour des ressources limitées, de la visibilité et leur propre survie. Les participant·e·s ont également observé que les acteurs anti-droits ont su bâtir des réseaux puissants à travers les institutions religieuses, les acteurs politiques, les médias et les flux de financements internationaux. Tandis que les mouvements progressistes sont souvent poussés à adopter des modes d’organisation réactifs, les acteurs anti-droits, eux, ont investi dans des infrastructures solides, dans la construction de récits à long terme et dans une coordination politique durable. Ils ont compris l’importance de la structuration. Voilà la vérité inconfortable à laquelle beaucoup d’entre nous sont désormais contraints de faire face : les mouvements progressistes doivent rattraper leur retard. Malgré un climat de plus en plus hostile, les mouvements à travers l’Afrique continuent de résister. Construction de coalitions, mécanismes de réponse rapide, contentieux stratégiques, organisations féministes, mouvements queer, réseaux d’entraide et approches communautaires continuent de maintenir la ligne de front à travers la région. Mais trop souvent, ce travail se déroule au sein de systèmes difficiles, plutôt qu’au sein d’écosystèmes de soutien, de soin collectif et de durabilité. Car une solidarité qui ne s’appuie pas sur des conditions matérielles finit par devenir une simple performance. À plusieurs reprises, les participant·e·s sont revenus sur la nécessité de construire quelque chose de plus durable qu’un simple alignement symbolique : des infrastructures partagées, des systèmes coordonnés de réponse rapide, une confiance politique renforcée, des conditions d’organisation plus sûres, une communication plus solide entre les mouvements et une responsabilité collective capable de survivre au-delà des rencontres elles-mêmes. Car que signifie réellement la solidarité lorsque les mouvements sont sous-financés, épuisés, criminalisés, placés sous surveillance numérique et contraints de rivaliser les uns avec les autres pour survivre ? À quoi ressemble la collaboration lorsque les barrières linguistiques, les divisions régionales, les inégalités d’accès aux financements et les déséquilibres de pouvoir institutionnels demeurent sans réponse ? Peut-être que le changement dont nous avons besoin ne consiste pas simplement à adopter le langage du « travail inter-mouvements », mais à construire des mouvements structurés. Des mouvements capables de mobiliser des ressources les uns pour les autres, de partager les connaissances, de bâtir une sécurité collective, de se coordonner politiquement et d’imaginer des réponses qui dépassent la gestion permanente de l’urgence. Des mouvements qui considèrent le soin, la durabilité, l’accessibilité et la création de cultures collectives comme des stratégies politiques à part entière, et non comme des préoccupations secondaires. Et peut-être est-ce là l’apport le plus profond d’Abidjan : non pas simplement une rencontre, mais une tentative collective d’imaginer un avenir au-delà de l’horizon actuel de nos mouvements. Un rappel que notre étoile polaire ne peut pas être uniquement la survie, mais bien la construction de mouvements suffisamment structurés pour nous porter vers des futurs collectifs.
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