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Leçons tirées du programme SCAAO pour faire progresser les soins liés à l’avortement dans des contextes difficiles.
Alors que des délégués de 34 pays africains se réunissaient à Mombasa, au Kenya, du 2 au 5 juin 2026, à l’occasion de la 9ᵉ Conférence scientifique panafricaine de la RHNK sur la santé et les droits sexuels et reproductifs des adolescent·e·s et des jeunes (AYSRHR), l’une des discussions clés a porté sur l’élargissement de l’accès à des soins d’avortement de qualité à travers l’Afrique. La conférence était organisée par Reproductive Health Network Kenya (RHNK), l’association membre de l’IPPF au Kenya. Parmi les initiateurs de cette réflexion figurait M. Kader Avonnon, responsable du programme Soins Complets d’Avortement en Afrique de l’Ouest (SCAAO) au Bureau régional Afrique de l’IPPF. Financé conjointement par la Fondation Hewlett et la Foundation for a Just Society International, le programme SCAAO vise à élargir l’accès à des soins d’avortement centrés sur la personne pour les femmes et les filles en Afrique de l’Ouest et du Centre francophone. Au cours de la conférence, M. Avonnon a animé un panel réunissant les associations membres de l’IPPF mettant en œuvre le programme, mettant en lumière plusieurs de ses réussites à ce jour. Dans cet entretien accordé à Maryanne W. Waweru, il revient sur les principaux enseignements et messages issus de cette session. Le programme SCAAO est mis en œuvre par les associations membres de l’IPPF au Niger, au Togo, au Burkina Faso et au Cameroun. Lors du panel que vous avez animé, quels enseignements espériez-vous que les participants retiennent ? Tout en réaffirmant l’importance de reconnaître l’avortement comme un soin de santé essentiel, la session a mis en lumière les approches du programme qui se sont révélées efficaces pour faire progresser les lois, les politiques et l’accès aux services d’avortement dans certains des contextes les plus difficiles d’Afrique. De nombreux participants issus des différents pays représentés à la conférence ont souligné les défis et obstacles auxquels ils sont confrontés dans leurs efforts visant à élargir l’accès aux soins d’avortement dans des environnements juridiques et sociaux complexes et fortement restrictifs. En nous appuyant sur l’expérience du programme SCAAO, nous avons donc cherché à démontrer que des avancées sont bel et bien possibles. Pour cela, nous avons présenté des outils pratiques, des approches innovantes et des stratégies fondées sur des données probantes qui continuent de produire des résultats concrets dans les pays où nous intervenons. Selon vous, quelle est la réalisation la plus significative du programme SCAAO à ce jour, et pourquoi ? La réalisation la plus significative du programme SCAAO à ce jour est la création d’un espace croissant de dialogue ouvert et constructif sur les soins liés à l’avortement en Afrique de l’Ouest et du Centre francophone. Ces échanges avec des parties prenantes clés; notamment les gouvernements, les acteurs de la société civile, les législateurs, les leaders religieux, les défenseur·e·s des droits des femmes et les prestataires de santé — se sont traduits par un renforcement de l’engagement politique dans des pays comme le Cameroun, le Niger et le Togo. Même dans des contextes difficiles tels que le Niger, des réformes juridiques ont permis d’élargir l’accès aux soins d’avortement dans les cas de viol et d’inceste. Les résultats sont également visibles au niveau de la prestation de services: les associations membres de l’IPPF au Cameroun et au Togo rapportent une augmentation du nombre de femmes ayant accès à des services centrés sur la personne dans leurs structures. Ces évolutions démontrent qu’un progrès est possible, même dans des environnements restrictifs. L’une des approches centrales du SCAAO est de favoriser la collaboration entre des acteurs de différents secteurs. En quoi cette approche multisectorielle a-t-elle contribué au succès du programme ? L’une des stratégies les plus importantes du programme SCAAO a été sa capacité à créer des ponts entre les gouvernements, la société civile, les leaders politiques et religieux locaux, les prestataires de santé ainsi que d’autres parties prenantes clés. Cette approche collaborative a contribué à instaurer un environnement favorable au plaidoyer en faveur de soins d’avortement de qualité, centrés sur la personne. Nous avons observé des résultats concrets au Togo et au Cameroun, où les ministères de la Santé et de la Justice ainsi que des parlementaires travaillent ensemble à l’élaboration d’une feuille de route visant à améliorer les lois sur l’avortement. Au Niger, le ministère de la Santé a pris en charge plusieurs initiatives du SCAAO, notamment en finançant et en mettant en œuvre des activités telles que la formation des prestataires de santé — un signe fort d’engagement et de durabilité. Au niveau national, le programme a également soutenu la mise en place de réseaux et de groupes de travail visant à maintenir la dynamique, renforcer l’engagement des décideurs et promouvoir la redevabilité. Nous avons aussi observé des collaborations inspirantes autour de campagnes de plaidoyer, notamment à l’occasion de la Journée internationale pour l’avortement sûr. La conférence de la RHNK a réuni plus d’un millier de défenseur·e·s des DSSR, prestataires de santé, chercheur·e·s, décideur·e·s politiques et jeunes leaders venus de toute l’Afrique. En quoi des forums comme celui-ci sont-ils importants pour faire progresser l’accès aux soins d’avortement et la justice reproductive sur le continent ? Les plateformes comme la conférence de la RHNK nous rappellent que nous ne travaillons pas isolément, mais que nous faisons partie d’un mouvement plus large œuvrant vers un objectif commun. Pour de nombreux prestataires de santé, les défis peuvent parfois sembler écrasants, en particulier dans des environnements restrictifs. Des conférences comme celle-ci offrent non seulement un espace d’apprentissage et d’échange, mais aussi un véritable sentiment de communauté et de solidarité. La conférence de la RHNK n’était pas seulement un lieu de partage de stratégies, mais aussi un espace d’écoute mutuelle, d’apprentissage à partir d’expériences réelles et de renforcement à travers un engagement commun. Ces rencontres nous offrent l’opportunité d’affiner nos approches, de construire de véritables partenariats et d’élargir nos réseaux. En regardant vers l’avenir, quelles sont les priorités de la Phase 2 du SCAAO (2025-2028), et comment le programme va-t-il capitaliser sur les acquis obtenus jusqu’à présent ? L’une des priorités clés de la phase 2 du programme SCAAO est de poursuivre le plaidoyer en faveur des réformes juridiques et politiques. Nous souhaitons également consolider nos partenariats avec les gouvernements, les organisations de la société civile, les parlementaires, les leaders religieux, les prestataires de santé et d’autres acteurs clés, afin de garantir que les résultats soient portés localement et durables. Tout en renforçant ces réseaux, nous visons aussi à préserver les acquis déjà obtenus. Par ailleurs, nous resterons vigilants face aux tentatives de recul des droits liés à l’avortement. Nous restons pleinement engagés à garantir que les femmes et les filles en Afrique aient un accès élargi à des soins d’avortement de qualité, centrés sur la personne. Ce qui me donne de l’espoir, c’est l’énergie observée lors de la conférence, en particulier la force et l’engagement des jeunes. Leurs voix, combinées aux réseaux que nous construisons, nous aideront à relever les défis à venir et à transformer nos ambitions en réalité.
DÉCLARATION CONJOINTE : À l’issue de la 4ᵉ Conférence interparlementaire africaine sur la famille, la souveraineté et les valeurs.
DÉCLARATION CONJOINTE À l’issue de la 4ᵉ Conférence interparlementaire africaine sur la famille, la souveraineté et les valeurs. À l’issue de la 4ᵉ Conférence interparlementaire africaine sur la famille, la souveraineté et les valeurs, tenue à Accra, au Ghana, nous unissons nos voix à celles des militant·e·s, féministes, défenseur·e·s des droits humains, organisateur·rice·s communautaires et citoyen·ne·s ordinaires à travers le continent, qui s’inquiètent de plus en plus de l’instrumentalisation croissante des « valeurs familiales », de la « culture africaine » et de la « souveraineté » comme outils politiques servant à justifier l’exclusion, la discrimination et l’érosion des droits des Africain·e·s. À travers le continent, nous assistons à des efforts de plus en plus coordonnés visant à faire reculer les droits sexuels et reproductifs des femmes et des filles dans toute leur diversité, à affaiblir les droits civils et politiques de tous, à restreindre l’espace civique, à fragiliser les protections des droits humains et à présenter les personnes LGBTQI+ comme des menaces pour la société plutôt que comme des membres de nos communautés, de nos familles et de nos nations. Ces initiatives transfrontalières sont désormais intégrées à des réseaux parlementaires et se traduisent par des propositions législatives et politiques cherchant à redéfinir les lois, les institutions et les mécanismes africains de protection des droits humains, ainsi que la manière dont les notions de droits, de famille, de citoyenneté et d’appartenance sont comprises sur le continent. Elles remettent également en question les obligations des États africains de respecter, protéger et réaliser les droits humains. Nombre des discussions menées au nom de la protection des familles africaines reposent sur des prémisses erronées : qu’il n’existerait qu’un seul type de famille africaine digne d’être protégé, une seule manière d’appartenir à la société africaine et une seule conception de la société africaine elle-même. Cette vision ne reflète pas la réalité de nos communautés. Les familles africaines ont toujours été diverses, dynamiques et fondées sur le soin, la responsabilité et l’interdépendance. Nos sociétés sont culturellement et spirituellement diverses. Nos familles ont toujours inclus des familles élargies, des ménages dirigés par des grands-parents, des familles monoparentales, des structures familiales non hétérosexuelles, des réseaux de parenté, des familles adoptives et de nombreux autres systèmes de soutien et de solidarité qui soutiennent nos communautés depuis des générations. Cette tentative de réduire la reconnaissance juridique et politique à une vision unique de la famille ne renforce pas les familles africaines. Elle les affaiblit en créant un outil ciblé permettant d’exclure de nombreuses personnes qui en font déjà partie. CE QUE NOUS AVONS OBSERVÉ AU COURS DE LA CONFÉRENCE Le résultat le plus significatif de cette conférence est l’adoption de la proposition de Charte africaine sur la famille, la souveraineté et les valeurs. Loin d’être une simple déclaration symbolique, cette Charte est présentée comme un cadre continental destiné à influencer les législations nationales, les politiques publiques, l’éducation, la gouvernance de la santé ainsi que les institutions régionales des droits humains. Tout au long de la conférence, la famille a été présentée comme l’unité fondamentale de la société et comme le fondement à partir duquel les droits devraient être interprétés. Pourtant, les cadres africains et internationaux des droits humains reconnaissent que, si les familles méritent d’être protégées, les droits appartiennent avant tout aux individus. L’objectif du droit international des droits humains n’est pas simplement de protéger des institutions, y compris la famille, mais de garantir que chaque personne au sein de ces institutions bénéficie de la dignité, de l’égalité et de la liberté. Lorsque les droits des femmes, des enfants, des personnes LGBTQI+ ou d’autres membres de la famille sont subordonnés à une conception abstraite de l’unité familiale, cela ne renforce pas les familles ; cela crée davantage d’opportunités d’exclusion, de coercition et de violence. Les discussions tenues durant la conférence renforcent également les préoccupations déjà exprimées par les organisations de la société civile, les mouvements féministes, les médias, les défenseur·e·s de la santé publique, les acteurs de la justice économique, les défenseur·e·s des droits humains et les institutions africaines des droits humains. Alors que les organisateurs présentent leurs initiatives comme une défense des valeurs africaines et de la souveraineté, nombre des propositions avancées auraient de graves conséquences pour les droits humains, la santé publique, la gouvernance constitutionnelle et démocratique, la liberté académique, la participation citoyenne et la sécurité des communautés déjà marginalisées. Nous sommes particulièrement préoccupés par les tentatives de présenter la santé et les droits sexuels et reproductifs, l’égalité de genre, l’éducation complète à la sexualité et l’inclusion des personnes LGBTQI+ comme des concepts étrangers imposés à l’Afrique. De telles affirmations ignorent les longues luttes africaines pour la dignité, l’autonomie corporelle, la liberté et la justice. Elles effacent également le travail de milliers d’activistes, de défenseur·e·s des droits humains, de chercheurs, de professionnel·le·s de santé, de leaders communautaires et de mouvements sociaux africains qui ont porté ces débats depuis nos propres sociétés. Nous rejetons l’idée selon laquelle les droits et le bien-être des femmes, des filles, des personnes LGBTQI+ et d’autres groupes marginalisés seraient incompatibles avec les valeurs africaines. Nous rejetons également l’idée selon laquelle seuls les droits fondamentaux des groupes majoritaires devraient être protégés par l’État. Les revendications en matière de droits humains qui remettent en question les normes sociales dominantes ou les intérêts politiques sont légitimes et nécessaires. La force d’une société devrait être mesurée à sa capacité à protéger les personnes les plus exposées à la marginalisation, à la stigmatisation, à l’exclusion, à la violence et à la discrimination, et non à sa capacité à les réduire au silence. Il est également essentiel d’examiner de manière critique les affirmations selon lesquelles l’agenda de cette conférence constituerait une défense authentique de la souveraineté africaine. Les réseaux qui organisent, soutiennent et promeuvent depuis plusieurs années les conférences sur les « valeurs familiales » à travers l’Afrique sont eux-mêmes profondément transnationaux. Depuis des années, des organisations disposant de ressources importantes, des groupes de plaidoyer et des acteurs politiques basés en dehors du continent financent des rencontres et coordonnent des campagnes visant à influencer les lois et politiques africaines en matière de genre, de sexualité, d’éducation et de droits reproductifs. Toute discussion sérieuse sur l’influence étrangère doit donc prendre en compte l’ensemble des sources d’influence, y compris celles qui opèrent au sein du mouvement des « valeurs familiales ». UN MOMENT CRUCIAL POUR LE GHANA Cette conférence intervient à un moment déterminant pour le Ghana, alors que le projet de loi sur les droits sexuels humains et les valeurs familiales a été adopté par le Parlement et attend désormais la promulgation présidentielle. Ce projet de loi soulève de graves préoccupations sur les plans constitutionnel, des droits humains, de la santé publique et de la démocratie. Ses dispositions vont bien au-delà de la criminalisation des relations entre personnes de même sexe et touchent également aux questions d’identité, d’expression, d’association, de plaidoyer et de soutien. S’il était promulgué, il légitimerait davantage la discrimination, renforcerait la peur et la stigmatisation, réduirait l’espace civique et exposerait davantage les communautés déjà vulnérables à la violence et à l’exclusion. Alors que les Ghanéens sont confrontés à d’importants défis économiques et sociaux, cette législation n’apporte aucune solution concrète ni bénéfice tangible. Elle ne créera pas d’emplois, n’améliorera pas l’accès aux soins de santé, ne renforcera pas le système éducatif et ne réduira pas les inégalités. Au contraire, elle risque de détourner l’attention des priorités nationales urgentes tout en créant de nouveaux mécanismes de surveillance, de harcèlement et de division sociale. C’est pourquoi nous nous opposons fermement aux fondements de la Charte africaine sur la famille, la souveraineté et les valeurs ainsi qu’au projet de loi sur les droits sexuels humains et les valeurs familiales. NOUS APPELONS : Le Président John Dramani Mahama à ne pas promulguer le projet de loi sur les droits sexuels humains et les valeurs familiales. La décision qui lui incombe n’est pas seulement politique ; elle constitue également une responsabilité constitutionnelle, morale et historique dont les conséquences dépasseront largement le contexte actuel et les communautés directement visées par cette législation. En rejetant ce projet de loi, le Ghana peut réaffirmer son engagement de longue date en faveur de la gouvernance démocratique, du constitutionnalisme et des libertés fondamentales, tout en faisant preuve d’un leadership de principe à un moment où les droits humains et les institutions démocratiques sont soumis à des pressions croissantes à travers le monde. Les États africains à rejeter toute instrumentalisation de la culture, de la religion, de la famille et de la souveraineté comme justification de la discrimination et de l’exclusion. L’Union africaine et les institutions régionales des droits humains à protéger l’intégrité du système africain des droits humains et à résister aux tentatives visant à affaiblir les protections existantes en matière d’égalité, de dignité et de liberté. Les missions diplomatiques, partenaires au développement et organisations internationales à poursuivre leur soutien aux droits humains, aux libertés civiques et à la gouvernance démocratique sur le continent. Les acteurs de la société civile, les médias, les universitaires, les leaders traditionnels et religieux à favoriser des conversations ouvertes et honnêtes sur la famille, l’appartenance et la justice sociale qui reflètent les réalités des communautés africaines. Enfin, nous appelons toutes les personnes engagées en faveur d’une Afrique plus juste et inclusive à continuer de construire les alliances, les mouvements et les solidarités nécessaires pour résister aux tentatives de division et préserver notre humanité commune. L’avenir de l’Afrique ne peut être construit sur l’exclusion. Il doit être fondé sur la dignité, la justice, la liberté, le soin et la reconnaissance que nos sociétés sont plus fortes lorsque chaque personne a sa place. Signataires CHEVS IPPF Africa Region Outright International GALCK+ African LBTIQ Caucus
Foire aux questions IMAP: Utilisation de la prophylaxie préexposition (PrEP) et du traitement hormonal d’affirmation de genre (THAG) pour les personnes transgenres et de diverses identités de genre
La PrEP est l’un des outils les plus efficaces dont nous disposons pour prévenir le VIH. Pourtant, de nombreuses personnes se posent encore des questions sur ce qu’elle est, à qui elle s’adresse et comment elle peut s’intégrer dans leur vie quotidienne. Peut-on prendre la PrEP lorsqu’on suit un traitement hormonal d’affirmation de genre ? Y a-t-il des effets secondaires ? Et pourquoi tant de personnes transgenres et de diversité de genre rencontrent-elles encore des obstacles pour y accéder ? Nous avons consulté le Panel consultatif médical international de l’IPPF (IMAP) afin de répondre aux questions les plus fréquemment posées par la communauté concernant la PrEP : son fonctionnement, les personnes qui peuvent en bénéficier, ainsi que les réalités liées à la prévention du VIH, aux systèmes de santé et aux soins d’affirmation de genre. Que vous envisagiez de prendre la PrEP, que vous souteniez une personne qui y réfléchit ou que vous soyez simplement curieux, voici ce qu’il faut savoir. Qu’est-ce que la PrEP ? La prophylaxie pré-exposition (PrEP) consiste à utiliser des médicaments antirétroviraux par des personnes séronégatives afin de réduire leur risque de contracter le VIH (1). La PrEP est utilisée pendant les périodes où une personne estime être particulièrement exposée au risque d’infection par le VIH. Il existe plusieurs méthodes d’administration et schémas thérapeutiques, tandis que de nouvelles options sont également en cours de développement. Les options actuellement disponibles comprennent : Un comprimé oral ; Un anneau vaginal ; Des injections à longue durée d’action. Qui devrait utiliser la PrEP ? La PrEP convient à toute personne qui se considère exposée au risque de VIH et qui souhaite réduire ce risque grâce à l’utilisation de médicaments (1). La PrEP a-t-elle des effets secondaires ? Comme tout médicament, la PrEP peut entraîner des effets secondaires chez certaines personnes. Les effets secondaires les plus courants sont généralement temporaires et peuvent inclure : Des nausées ; Des ballonnements ; De la diarrhée ; Des maux de tête ; Une sensation de vertige ou de faiblesse ; Des troubles du sommeil. Pour les formes injectables, des effets secondaires peuvent apparaître au site d’injection, notamment : Des ecchymoses ; Des douleurs ; De petits nodules. Les effets secondaires graves restent rares. La PrEP interfère-t-elle avec le traitement hormonal d’affirmation de genre ? Non. La PrEP ne réduit pas les niveaux hormonaux chez les personnes transgenres, non binaires et de diversité de genre suivant un traitement hormonal d’affirmation de genre (THAG) (2). Les études montrent que la PrEP est à la fois efficace et sûre pour les personnes de diversité de genre et devrait être proposée aux personnes présentant un risque élevé de VIH, indépendamment de leur utilisation d’un traitement hormonal. Aucune différence mesurable des taux hormonaux sanguins n’a été observée entre les utilisateurs et les non-utilisateurs de PrEP suivant un THAG (3). Toutefois, les concentrations sanguines des médicaments de la PrEP chez les femmes transgenres se sont révélées légèrement inférieures aux niveaux attendus, sans que cela ne semble compromettre leur efficacité dans la prévention de l’infection par le VIH (4). Existe-t-il des effets sexuels liés à la PrEP ou au traitement hormonal d’affirmation de genre chez les femmes transgenres ? La PrEP agit en réduisant la capacité du VIH à infecter les cellules immunitaires humaines ; elle n’a aucun effet sur le fonctionnement sexuel des organes sexuels. Le traitement hormonal d’affirmation de genre destiné aux femmes transgenres peut toutefois entraîner : Une diminution de la fonction érectile ; Une baisse de la libido ; Une réduction du volume de l’éjaculation. Ces effets doivent être abordés dans le cadre du processus de consentement éclairé et de la prise de décision partagée lors du début du traitement hormonal. Lorsque ces effets ne sont pas souhaités, plusieurs stratégies peuvent être envisagées afin de préserver pleinement la fonction sexuelle pénienne, notamment : L’utilisation d’inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5 (PDE5) tels que le sildénafil, le tadalafil ou le vardénafil pour faciliter les érections ; La masturbation ou l’activité sexuelle afin de maintenir une bonne vascularisation des tissus ; La réduction des doses d’antiandrogènes une fois les objectifs de féminisation atteints ; Le maintien de taux de testostérone légèrement supérieurs à ceux généralement observés chez les femmes cisgenres, soit par une réduction des doses hormonales, soit par l’ajout de faibles doses de testostérone (5). Quels sont les obstacles à l’utilisation de la PrEP ? L’accès aux soins de santé est essentiel pour une mise en œuvre efficace de la PrEP. Bien que les régions à revenu élevé aient enregistré jusqu’à présent davantage de succès dans la mise en œuvre de la PrEP et les campagnes de sensibilisation, de nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire accélèrent désormais l’accès à cet outil de prévention. Cependant, les études montrent que les femmes transgenres utilisent moins fréquemment les services de prévention, notamment en raison : D’un accès limité aux soins de santé ; De l’absence de couverture d’assurance pour la PrEP, les soins d’affirmation de genre et les traitements associés ; De la peur de la discrimination et de la stigmatisation de la part des professionnels de santé (6). La réduction de ces obstacles est essentielle pour garantir un accès équitable à la prévention du VIH pour toutes les personnes qui en ont besoin. Références Déclaration du groupe consultatif médical international (IMAP) sur la prévention biomédicale du VIH 2023 consulté Mars 2026. Senneker T. Drug-Drug Interactions Between Gender-Affirming Hormone Therapy and Antiretrovirals for Treatment/ Prevention of HIV. Br J Clin Pharmacol. 2024;90:2366–2382. Grant RM, Pellegrini M, Defechereux PA, Anderson PL, Yu M, Glidden DV, O’Neal J, Yager J, Bhasin S, Sevelius J, Deutsch MB. Sex Hormone Therapy and Tenofovir Diphosphate Concentration in Dried Blood Spots: Primary Results of the Interactions Between Antiretrovirals And Transgender Hormones Study. Clin Infect Dis. 2021 Oct 5;73(7):e2117-e2123. doi: 10.1093/cid/ciaa1160. PMID: 32766890; PMCID: PMC8492111. Hiransuthikul A, Janamnuaysook R, Himmad K, et al. Drug drug interactions between feminizing hormone therapy and preexposure prophylaxis among transgender women: the iFACT study. J Int AIDS Soc 2019; 22(7): e25338. DOI: 10. 1002/jia2.25338. Sehgal I. Review of adult gender transition medications: mechanisms, efficacy measures, and pharmacogenomic considerations. Front Endocrinol (Lausanne). 2023 Jul 4;14:1184024. doi: 10.3389/fendo.2023.1184024. Teng F, Sha Y, Fletcher LM, Welsch M, Burns P, Tang W. Barriers to uptake of PrEP across the continuum among transgender women: A global scoping review. Int J STD AIDS. 2023 Apr;34(5):299-314. doi: 10.1177/09564624231152781. Epub 2023 Feb 15. PMID: 36793197
Déclaration de l’IPPF Afrique concernant le projet de loi ghanéen « Human Sexual Rights and Family Values Bill, 2025 »
2 juin 2026: la Fédération Internationale pour la Planification Familiale (IPPF) - Région Afrique condamne avec la plus grande fermeté l’adoption du projet de loi ghanéen relatif aux droits sexuels humains et aux valeurs familiales de 2025 (projet de loi anti-LGBTQ+). Ce projet de loi constitue une menace grave pour les droits humains, l’accès aux services de santé et la cohésion même de la société. Le projet de loi prévoit des peines d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à trois ans pour les personnes s’identifiant comme LGBTQ+, de cinq à dix ans pour ce qui est qualifié de “promotion” de l’homosexualité, interdit les organisations LGBTQ+ et criminalise l’utilisation des médias et des réseaux sociaux pour exprimer un soutien à l’existence des personnes LGBTQ+. Il ne s’agit pas d’une mesure de protection morale, mais bien d’une criminalisation de l’identité et de la solidarité. Si le Président Mahama promulgue cette loi, des personnes pourraient être emprisonnées simplement pour leur visibilité, leur engagement associatif ou l’expression de leur solidarité. Cette loi risque de fracturer les familles et les communautés, en plaçant parents, frères et sœurs, professionnels de santé, enseignants et bien d’autres face à un choix impossible entre l’amour de leurs proches et le respect de la loi. De manière plus concrète, ce projet de loi représente une extension significative du contrôle de l’État sur l’accès aux soins de santé. Il compromettrait les réponses de santé publique, notamment les services de prévention et de traitement du VIH. Il risquerait également de fragiliser le programme phare de gratuité des soins de santé primaires lancé par le Président plus tôt cette année. En criminalisant les actions de soutien vital menées par la société civile, il limiterait les interventions essentielles, encouragerait la surveillance, la dénonciation et la peur au sein des communautés, et renforcerait la stigmatisation ainsi que les violences à l’encontre des minorités sexuelles et de genre. Au-delà des préjudices immédiats qu’il engendre, ce projet de loi crée un précédent dangereux : celui selon lequel le Parlement peut criminaliser l’identité elle-même. Une fois ce principe établi, les droits fondamentaux deviennent conditionnels. À travers l’Afrique, nous observons une montée préoccupante de l’autoritarisme et de la panique morale, où les corps et les vies des personnes LGBTQ+, des femmes et d’autres groupes vulnérables sont instrumentalisés à des fins politiques. Sous l’influence de discours portés par des acteurs opposés aux droits humains, la criminalisation est présentée comme une forme de décolonisation et la répression comme une expression de souveraineté culturelle. En permettant à des acteurs étrangers d’influencer nos principes en matière de droits humains, les États africains portent atteinte aux citoyens les plus marginalisés et les plus vulnérables. La Région Afrique de l’IPPF exhorte fermement le Président John Dramani Mahama à ne pas promulguer ce projet de loi. Nous l’appelons respectueusement à rejeter cette atteinte flagrante aux droits humains et à protéger les droits de tous les Ghanéens, tout en concentrant les efforts du pays sur les défis structurels et institutionnels susceptibles d’améliorer concrètement la qualité de vie de l’ensemble de la population. La Région Afrique de l’IPPF demeure solidaire de l’ensemble de la communauté LGBTQ+, des défenseurs des droits humains, des prestataires de soins de santé et des organisations de la société civile qui poursuivent courageusement leur travail dans des conditions de plus en plus hostiles et dangereuses au Ghana, sur le continent africain et au-delà. FIN Pour toute information complémentaire ou pour solliciter une interview, veuillez contacter : Mahmoud GARGA, Responsable de la communication stratégique, de la voix institutionnelle et des médias, Bureau régional Afrique de l’IPPF – courriel : [email protected] / Tél. : +254 704 626 920 À propos de la Fédération Internationale pour la Planification Familiale (IPPF) La Fédération Internationale pour la Planification Familiale (IPPF) est un mouvement mondial de premier plan en matière de santé et de droits sexuels et reproductifs. Présente dans plus de 140 pays, elle œuvre pour garantir à chacun·e la liberté de faire ses propres choix concernant sa sexualité et sa santé reproductive, sans discrimination, coercition ni violence. L’IPPF fournit des services essentiels de santé sexuelle et reproductive, notamment en matière de contraception et d’avortement sécurisé, tout en défendant l’accès à des informations fiables et à des soins de qualité pour toutes et tous.
Déclaration de l’IPPF Afrique concernant le projet de loi ghanéen « Human Sexual Rights and Family Values Bill, 2025 »
2 juin 2026: la Fédération Internationale pour la Planification Familiale (IPPF) - Région Afrique condamne avec la plus grande fermeté l’adoption du projet de loi ghanéen relatif aux droits sexuels humains et aux valeurs familiales de 2025 (projet de loi anti-LGBTQ+). Ce projet de loi constitue une menace grave pour les droits humains, l’accès aux services de santé et la cohésion même de la société. Le projet de loi prévoit des peines d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à trois ans pour les personnes s’identifiant comme LGBTQ+, de cinq à dix ans pour ce qui est qualifié de “promotion” de l’homosexualité, interdit les organisations LGBTQ+ et criminalise l’utilisation des médias et des réseaux sociaux pour exprimer un soutien à l’existence des personnes LGBTQ+. Il ne s’agit pas d’une mesure de protection morale, mais bien d’une criminalisation de l’identité et de la solidarité. Si le Président Mahama promulgue cette loi, des personnes pourraient être emprisonnées simplement pour leur visibilité, leur engagement associatif ou l’expression de leur solidarité. Cette loi risque de fracturer les familles et les communautés, en plaçant parents, frères et sœurs, professionnels de santé, enseignants et bien d’autres face à un choix impossible entre l’amour de leurs proches et le respect de la loi. De manière plus concrète, ce projet de loi représente une extension significative du contrôle de l’État sur l’accès aux soins de santé. Il compromettrait les réponses de santé publique, notamment les services de prévention et de traitement du VIH. Il risquerait également de fragiliser le programme phare de gratuité des soins de santé primaires lancé par le Président plus tôt cette année. En criminalisant les actions de soutien vital menées par la société civile, il limiterait les interventions essentielles, encouragerait la surveillance, la dénonciation et la peur au sein des communautés, et renforcerait la stigmatisation ainsi que les violences à l’encontre des minorités sexuelles et de genre. Au-delà des préjudices immédiats qu’il engendre, ce projet de loi crée un précédent dangereux : celui selon lequel le Parlement peut criminaliser l’identité elle-même. Une fois ce principe établi, les droits fondamentaux deviennent conditionnels. À travers l’Afrique, nous observons une montée préoccupante de l’autoritarisme et de la panique morale, où les corps et les vies des personnes LGBTQ+, des femmes et d’autres groupes vulnérables sont instrumentalisés à des fins politiques. Sous l’influence de discours portés par des acteurs opposés aux droits humains, la criminalisation est présentée comme une forme de décolonisation et la répression comme une expression de souveraineté culturelle. En permettant à des acteurs étrangers d’influencer nos principes en matière de droits humains, les États africains portent atteinte aux citoyens les plus marginalisés et les plus vulnérables. La Région Afrique de l’IPPF exhorte fermement le Président John Dramani Mahama à ne pas promulguer ce projet de loi. Nous l’appelons respectueusement à rejeter cette atteinte flagrante aux droits humains et à protéger les droits de tous les Ghanéens, tout en concentrant les efforts du pays sur les défis structurels et institutionnels susceptibles d’améliorer concrètement la qualité de vie de l’ensemble de la population. La Région Afrique de l’IPPF demeure solidaire de l’ensemble de la communauté LGBTQ+, des défenseurs des droits humains, des prestataires de soins de santé et des organisations de la société civile qui poursuivent courageusement leur travail dans des conditions de plus en plus hostiles et dangereuses au Ghana, sur le continent africain et au-delà. FIN Pour toute information complémentaire ou pour solliciter une interview, veuillez contacter : Mahmoud GARGA, Responsable de la communication stratégique, de la voix institutionnelle et des médias, Bureau régional Afrique de l’IPPF – courriel : [email protected] / Tél. : +254 704 626 920 À propos de la Fédération Internationale pour la Planification Familiale (IPPF) La Fédération Internationale pour la Planification Familiale (IPPF) est un mouvement mondial de premier plan en matière de santé et de droits sexuels et reproductifs. Présente dans plus de 140 pays, elle œuvre pour garantir à chacun·e la liberté de faire ses propres choix concernant sa sexualité et sa santé reproductive, sans discrimination, coercition ni violence. L’IPPF fournit des services essentiels de santé sexuelle et reproductive, notamment en matière de contraception et d’avortement sécurisé, tout en défendant l’accès à des informations fiables et à des soins de qualité pour toutes et tous.
De la dispersion à une mobilisation structurée
La « solidarité inter-mouvements » est probablement la réponse que vous obtiendrez si vous demandez à un·e jeune engagé·e dans les espaces du développement ce qui mérite d’être renforcé. Travailler entre différents mouvements pour le bien commun. Je continue de croire et je continuerai à le répéter qu’à chaque intersection se trouve une possibilité de libération. Nous avons hérité d’un mandat renforcé : conceptualiser et mettre en œuvre un travail inter-mouvements en nous appuyant sur l’héritage de celles et ceux qui nous ont précédés. Aujourd’hui, une volonté grandissante émerge pour s’éloigner des mouvements isolés et cloisonnés, et évoluer vers une approche qui reconnaît que les droits humains sont fondamentalement interconnectés. Ainsi, notre manière de penser l’abolition, l’abrogation, la protection et le soin collectif doit, elle aussi, être intersectionnelle. Mais soyons clairs : l’organisation collective pousse parfois les personnes vers des compromis impossibles. Choisir entre se nourrir et manifester. Entre des « aménagements raisonnables » et l’accès aux espaces de décision politique. Entre la viabilité financière et l’impact réel. Personne ne devrait jamais avoir à choisir entre un ventre vide et un impact significatif. Pourtant, à travers la région et dans le monde, les mouvements — particulièrement ceux dirigés par des communautés marginalisées — sont consciemment ou inconsciemment contraints à ces arbitrages. Progressivement, cette réalité s’infiltre jusque dans la culture organisationnelle elle-même : la mise en concurrence permanente, les récits dictés par les agendas, la politique de la rareté, et l’oubli de qui nous sommes au-delà de notre simple survie. Nos fondations commencent alors à se détériorer, jusque dans notre sentiment d’appartenance : dans la perte des communautés et des espaces tiers qui ne sont ni commercialisés ni monétisés. Lorsque des groupes historiquement marginalisés se retrouvent en compétition pour des ressources limitées, les coalitions deviennent difficiles à maintenir. L’économie est toujours présente. L’argent est politique. Ces tensions ne sont pas imaginaires. En mars 2026, des militant·e·s et organisations issus des mouvements SRHR, LGBTQIA+, féministes, des personnes vivant avec le VIH, des travailleurs·euses du sexe et des mouvements communautaires se sont réunis à Abidjan, en Côte d’Ivoire, lors du Rassemblement intersectoriel pour renforcer les mouvements pour le genre et les droits en Afrique : de l’émergence à l’action, coorganisé par l’IPPF Région Afrique, Pan Africa ILGA et ILGA World. Au-delà des stratégies et analyses politiques, cette rencontre a également été une démonstration concrète d’unité et de solidarité inter-mouvements. Des acteurs issus de mouvements souvent séparés par les mécanismes de financement, les mandats, les langues, les frontières géographiques ou encore les pressions politiques se sont retrouvés dans un espace de dialogue partagé, réfléchissant non seulement aux menaces, mais aussi au soin, à la survie, au sentiment d’appartenance et à ce que pourrait encore signifier une libération collective en pratique. À bien des égards, cette rencontre n’avait pas seulement pour objectif de répondre à la montée des mouvements anti-droits ; elle visait aussi à permettre aux communautés de se reconnecter les unes aux autres au-delà des situations de crise. À travers les différents mouvements, des réalités similaires ont émergé : fragmentation, faible coordination, rétrécissement de l’espace civique, épuisement militant, concurrence pour les financements et pressions croissantes menant à l’autocensure. Les participant·e·s ont évoqué non seulement les attaques visibles menées par les mouvements anti-droits, mais aussi la normalisation plus discrète des idéologies anti-droits au sein même des institutions censées protéger les droits. Cela se manifeste à travers les systèmes de santé, les mécanismes de financement, les écosystèmes médiatiques, les discours religieux et les décisions bureaucratiques du quotidien. D’autres ont souligné à quel point la solidarité elle-même peut être mise à rude épreuve lorsque les mouvements sont contraints d’entrer en concurrence pour des ressources limitées, de la visibilité et leur propre survie. Les participant·e·s ont également observé que les acteurs anti-droits ont su bâtir des réseaux puissants à travers les institutions religieuses, les acteurs politiques, les médias et les flux de financements internationaux. Tandis que les mouvements progressistes sont souvent poussés à adopter des modes d’organisation réactifs, les acteurs anti-droits, eux, ont investi dans des infrastructures solides, dans la construction de récits à long terme et dans une coordination politique durable. Ils ont compris l’importance de la structuration. Voilà la vérité inconfortable à laquelle beaucoup d’entre nous sont désormais contraints de faire face : les mouvements progressistes doivent rattraper leur retard. Malgré un climat de plus en plus hostile, les mouvements à travers l’Afrique continuent de résister. Construction de coalitions, mécanismes de réponse rapide, contentieux stratégiques, organisations féministes, mouvements queer, réseaux d’entraide et approches communautaires continuent de maintenir la ligne de front à travers la région. Mais trop souvent, ce travail se déroule au sein de systèmes difficiles, plutôt qu’au sein d’écosystèmes de soutien, de soin collectif et de durabilité. Car une solidarité qui ne s’appuie pas sur des conditions matérielles finit par devenir une simple performance. À plusieurs reprises, les participant·e·s sont revenus sur la nécessité de construire quelque chose de plus durable qu’un simple alignement symbolique : des infrastructures partagées, des systèmes coordonnés de réponse rapide, une confiance politique renforcée, des conditions d’organisation plus sûres, une communication plus solide entre les mouvements et une responsabilité collective capable de survivre au-delà des rencontres elles-mêmes. Car que signifie réellement la solidarité lorsque les mouvements sont sous-financés, épuisés, criminalisés, placés sous surveillance numérique et contraints de rivaliser les uns avec les autres pour survivre ? À quoi ressemble la collaboration lorsque les barrières linguistiques, les divisions régionales, les inégalités d’accès aux financements et les déséquilibres de pouvoir institutionnels demeurent sans réponse ? Peut-être que le changement dont nous avons besoin ne consiste pas simplement à adopter le langage du « travail inter-mouvements », mais à construire des mouvements structurés. Des mouvements capables de mobiliser des ressources les uns pour les autres, de partager les connaissances, de bâtir une sécurité collective, de se coordonner politiquement et d’imaginer des réponses qui dépassent la gestion permanente de l’urgence. Des mouvements qui considèrent le soin, la durabilité, l’accessibilité et la création de cultures collectives comme des stratégies politiques à part entière, et non comme des préoccupations secondaires. Et peut-être est-ce là l’apport le plus profond d’Abidjan : non pas simplement une rencontre, mais une tentative collective d’imaginer un avenir au-delà de l’horizon actuel de nos mouvements. Un rappel que notre étoile polaire ne peut pas être uniquement la survie, mais bien la construction de mouvements suffisamment structurés pour nous porter vers des futurs collectifs.
Défendre fermement les DSSR et les droits des femmes face à la montée des réactions hostiles lors de la 87e session de la CADHP
Banjul, Gambie, mai 2026 En marge de la 87e Session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), organisée dans le cadre du Forum des ONG, des défenseur·e·s des droits, décideur·e·s politiques et leaders des droits humains se sont réunis pour faire face à une réalité commune : si l’Afrique a réalisé des progrès importants dans l’avancement des droits et santé sexuelle et reproductive (DSSR) et des droits des femmes, ces acquis sont aujourd’hui de plus en plus menacés. Par Cheikh Tidjane N’DONGO, Conseiller principal régional en plaidoyer, IPPF Afrique Un panel organisé par le Bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (UN OHCHR) et IPPF Afrique (IPPF ARO), avec le soutien financier de la Fondation Packard et du Gouvernement du Luxembourg, sur le thème : « Défendre les droits dans des contextes hostiles : attaques contre les acteurs des droits humains œuvrant pour la santé et les droits sexuels et reproductifs dans un contexte de rétrécissement de l’espace civique et de montée des résistances liées au genre », a permis aux intervenant·e·s d’examiner à la fois la nature des réactions hostiles actuelles et les stratégies qui se révèlent efficaces pour défendre des droits durement acquis. Le panel a été modéré par l’Honorable Janet Ramatoulie Sallah-Njie, Commissaire et Rapporteure spéciale de l’Union africaine sur les droits des femmes en Afrique, orientant les discussions des défis vers les solutions. L’Honorable Sallah-Njie a souligné : « À travers le continent, nous voyons des acteurs africains faire preuve de courage et de créativité dans leur leadership. Ces bonnes pratiques nous rappellent que les droits des femmes sont profondément ancrés dans les valeurs africaines de dignité, d’égalité et de justice. » Un rétrécissement de l’espace civique et une réaction coordonnée contre les droits À travers le continent, les défenseur·e·s des droits et santé sexuelle et reproductive (DSSR), les prestataires de santé et les organisations de défense des droits des femmes font face à une intensification des attaques, des restrictions et des tentatives de délégitimation. Ces défis étaient au cœur du panel « Défendre les droits dans des contextes hostiles », qui a mis en lumière la manière dont l’opposition aux DSSR est de plus en plus structurée, bien financée et souvent présentée à travers des discours invoquant la « culture », la « morale » ou les « valeurs africaines ». Dr Jessica Oga, Directrice du groupe de réflexion Ubingwa Think Tank, Afya Na Haki, a souligné : « Le cadrage culturel est l’outil le plus sophistiqué de l’arsenal anti-droits. Lorsqu’une femme défend aujourd’hui les droits reproductifs en Afrique, elle n’est pas présentée comme une défenseure des droits humains. Elle est présentée comme trahissant sa culture, sa communauté et son identité. La réponse n’est pas d’abandonner la conversation culturelle. La réponse consiste à se la réapproprier en s’appuyant sur la jurisprudence africaine, l’architecture des traités africains et la propre définition africaine de l’Ubuntu, une définition qui protège les plus vulnérables. » Les intervenant·e·s ont souligné que cette réaction hostile ne survient pas de manière isolée. Elle s’inscrit dans un contexte plus large de rétrécissement de l’espace civique, marqué par des lois restrictives, des pressions réglementaires exercées sur la société civile et une augmentation des risques auxquels sont exposés les défenseur·e·s des droits humains, en particulier les femmes et les personnes travaillant sur l’égalité de genre et l’autonomie corporelle. La désinformation genrée, les intimidations et le harcèlement judiciaire continuent d’affaiblir à la fois le plaidoyer et la prestation de services, avec des conséquences directes sur l’accès aux soins de santé sexuelle et reproductive. Les réalités vécues par les défenseur·e·s et les prestataires de services Le panel a mis en lumière des exemples concrets de la manière dont les réactions hostiles affectent le travail au quotidien. Les prestataires de services en santé et droits sexuels et reproductifs (SDSR) ainsi que les défenseur·e·s des droits ont décrit des situations d’intimidation professionnelle, de harcèlement réglementaire et d’attaques personnelles qui perturbent la prestation des services et créent un climat de peur. S’appuyant sur son expérience de terrain, Nelly Munyasia, Directrice exécutive de Reproductive Health Network Kenya (RHNK), a souligné la pression exercée sur les systèmes de prestation de services : « La réduction des financements et leur réorientation progressive loin des approches fondées sur les droits entraînent une fragmentation du système de santé, notamment par le démantèlement de l’intégration des services de droits et santé sexuelle et reproductive (DSSR). » Résistance institutionnelle et rôle des Institutions nationales des droits humains (INDH) Les intervenant·e·s ont également examiné la manière dont les lois et cadres réglementaires sont de plus en plus utilisés pour restreindre le plaidoyer en faveur des droits en matière de santé et droits sexuels et reproductifs (SDSR), souvent de façon indirecte, à travers des règles de délivrance d’autorisations, des restrictions de financement ou encore des dispositions floues liées à l’ordre public. Un moment clé du panel a porté sur le rôle préventif que peuvent jouer les Institutions nationales des droits humains (INDH) lorsque les droits sont menacés. La Commissaire Halima Dibba, de la Commission nationale des droits humains de Gambie, est revenue sur les récents efforts déployés en Gambie pour contrer les tentatives visant à remettre en cause les protections contre les mutilations génitales féminines (MGF). La Commissaire Dibba a souligné : « La régression n’est pas une fatalité. Lorsque les institutions agissent tôt, fondent leurs positions sur le droit et travaillent en étroite collaboration avec la société civile, il est possible d’empêcher des reculs préjudiciables avant qu’ils ne s’installent. » Les échanges ont mis en avant ce cas comme un exemple de la manière dont une action institutionnelle coordonnée peut protéger les acquis existants et renforcer la confiance du public dans les mécanismes de protection des droits humains. Renforcer la protection, la résilience et la solidarité Tout au long des échanges, les participant·e·s ont identifié la protection et la solidarité comme des éléments essentiels à la pérennité des actions en faveur des droits en matière de santé et droits sexuels et reproductifs (SDSR) et des droits des femmes. Parmi les stratégies efficaces figurent l’appui juridique aux défenseur·e·s, les mesures de protection numérique et psychosociale, ainsi que le renforcement des alliances entre la société civile, les prestataires de santé, les leaders religieux et les institutions. Un large consensus s’est dégagé autour d’un constat essentiel : aucun acteur ne peut, à lui seul, faire face à la réaction hostile actuelle. Les instances régionales, les États et les acteurs non étatiques doivent travailler ensemble afin de renforcer les mécanismes de redevabilité, protéger l’espace civique et garantir que les défenseur·e·s puissent exercer leurs activités sans crainte. Les intervenant·e·s ont également réaffirmé que le Protocole de Maputo constitue une pierre angulaire de ces efforts, soulignant sa pertinence en tant qu’instrument vivant pour la protection de l’autonomie corporelle et de l’égalité de genre. Perspectives d’avenir Alors que la 87e session de la CADHP se poursuit, les discussions tenues à Banjul témoignent à la fois d’une préoccupation réelle et d’une forte détermination. Si les réactions hostiles aux SDSR et aux droits des femmes sont bien réelles et s’intensifient, la volonté des acteurs africains de défendre les acquis, protéger les défenseur·e·s et faire progresser des droits fondés sur l’égalité et la justice l’est tout autant. Pour IPPF ARO et ses partenaires, ces échanges réaffirment l’importance d’un plaidoyer soutenu, d’un engagement régional fort et d’une solidarité constante avec celles et ceux qui sont en première ligne, afin de garantir que les droits en matière de santé sexuelle et reproductive, ainsi que les droits des femmes et des filles dans toute leur diversité, soient non seulement protégés, mais continuent de progresser.
Mon expérience de l’avortement médicamenteux en tant qu’étudiante universitaire en Ouganda
Nyakato* est une étudiante universitaire de 20 ans vivant dans le district de Bushenyi, dans l’ouest de l’Ouganda. Il y a 13 mois, elle s’est retrouvée dans une situation difficile : elle était enceinte de manière inattendue. Dans cet article, Nyakato raconte les événements qui ont suivi cette découverte. Son expérience met en lumière le rôle essentiel que jouent les éducateurs pairs formés par Reproductive Health Uganda (RHU) — une Association Membre de l’IPPF — dans l’accès des jeunes à des informations et services de santé sexuelle et reproductive (SSR) pouvant leur sauver la vie. Nyakato a partagé son témoignage avec Maryanne W. WAWERU. « Lorsque j’ai intégré l’université à 18 ans, pleine d’enthousiasme et d’ambition, j’étais très excitée à l’idée de ce qui m’attendait. M’inscrire en licence de soins infirmiers représentait une étape importante vers la réalisation de mes objectifs professionnels dans le domaine médical. Dès la première semaine, l’université a organisé un programme d’orientation détaillé pour tous les nouveaux étudiants, comprenant notamment des sessions sur l’éducation à la sexualité. Une équipe d’éducateurs pairs de Reproductive Health Uganda (RHU) avait été invitée à animer ces sessions. Ils nous ont partagé des informations complètes sur différents sujets liés à la santé et aux droits sexuels et reproductifs (SDSR), notamment les méthodes contraceptives, la grossesse, les infections sexuellement transmissibles (IST), les violences basées sur le genre, l’avortement à risque ainsi que le VIH/SIDA. J’ai trouvé ces sessions à la fois enrichissantes et très intéressantes. À la fin de chaque session, les éducateurs pairs partageaient avec nous leurs numéros de téléphone portable ainsi que les coordonnées officielles de la clinique RHU de Bushenyi. Ils nous encourageaient à enregistrer ces contacts au cas où nous aurions des questions supplémentaires ou besoin de clarifications sur les informations partagées. Ils nous ont également dit de les contacter si nous nous retrouvions un jour dans une situation nécessitant du soutien. J’ai enregistré leurs numéros dans mon téléphone. Découvrir que je suis enceinte Quelques mois plus tard, durant le deuxième semestre, j’ai découvert avec surprise que j’étais enceinte. J’utilisais la méthode dite des « jours sûrs », consistant à éviter les rapports sexuels pendant les jours où je pensais être en période d’ovulation et donc plus susceptible de tomber enceinte. Mais cela n’avait pas fonctionné : j’étais là, enceinte, sous le choc et complètement perdue. En prenant conscience de cette grossesse non planifiée, une profonde anxiété m’a envahie. Être enceinte signifiait probablement interrompre mes études, car je savais que je ne pourrais pas mener de front une grossesse et mon parcours universitaire. Je n’étais pas prête à perdre une année académique entière. J’étais encore jeune, avec des rêves et des objectifs à accomplir, et avoir un enfant à ce moment-là aurait freiné mes ambitions professionnelles. De plus, je ne me sentais ni émotionnellement ni mentalement prête à assumer les responsabilités de la maternité. Je craignais aussi la réaction de mes parents. Avant mon entrée à l’université, ils avaient pris le temps de me conseiller sur l’importance de rester concentrée sur mes études et d’éviter toute distraction pouvant compromettre mes objectifs académiques. Une grossesse non planifiée aurait été pour eux une immense déception. En parler à mon petit ami Le tourbillon de pensées autour de cette grossesse me causait une grande souffrance. Quelques jours plus tard, j’ai décidé d’en parler à mon petit ami. Lorsqu’il a appris la nouvelle, il m’a dit qu’il n’était pas prêt à devenir père. À 26 ans, il travaillait déjà mais estimait ne pas avoir une situation suffisamment stable pour fonder une famille. Puisqu’aucun de nous ne se sentait prêt à assumer cette responsabilité, nous avons convenu de mettre fin à la grossesse. Il m’a alors demandé si je connaissais un endroit où je pourrais interrompre la grossesse en toute sécurité. C’est à ce moment-là que je me suis souvenue des numéros des éducateurs pairs de RHU que j’avais enregistrés dans mon téléphone pendant la semaine d’intégration. Je les ai immédiatement contactés. L’éducateur pair m’a écoutée attentivement, m’a conseillée, puis m’a orientée vers la clinique RHU de Bushenyi où, selon lui, je pourrais recevoir une assistance complémentaire. Après lui avoir parlé, j’ai ressenti un immense soulagement. Je savais qu’il comprenait sincèrement ma situation. Il m’a assuré que l’équipe de RHU était composée d’experts en santé sexuelle et reproductive et que je serais entre de bonnes mains. Rassurée par ses paroles, je me suis rendue à la clinique RHU de Bushenyi. Un avortement sécurisé Là-bas, j’ai rencontré un clinicien qui s’est occupé de moi. Il ne m’a pas pressée pendant que je parlais et s’est montré très calme et compréhensif. Je ne me suis pas sentie jugée. Son professionnalisme m’a immédiatement fait comprendre que j’étais au bon endroit. J’étais enceinte d’environ huit semaines. Le clinicien m’a expliqué le processus d’un avortement médicamenteux, qui impliquait la prise de médicaments à des moments précis. J’ai choisi de commencer le processus directement à la clinique sous sa supervision, puis de poursuivre le reste du traitement à mon foyer universitaire. Il m’a donné des instructions très claires sur la manière et les moments où prendre les médicaments ; je les ai soigneusement notées pour ne rien oublier. Il m’a également donné son numéro de téléphone et m’a demandé de le contacter en cas de besoin. Tout s’est déroulé comme prévu. Le lendemain, lorsqu’il a été temps de prendre la deuxième dose, je l’ai appelé simplement pour être rassurée que je suivais correctement les étapes, ce qu’il m’a confirmé. J’étais reconnaissante de pouvoir le joindre facilement pendant ce moment délicat sans devoir retourner physiquement à la clinique. Il me contactait également régulièrement pour suivre mon évolution. J’étais réellement entre de bonnes mains, comme l’éducateur pair me l’avait assuré. Prise en charge contraceptive post-avortement Quelques jours plus tard, le clinicien m’a demandé de revenir à la clinique pour effectuer une échographie. Je m’y suis rendue, et l’examen a confirmé que la procédure avait été un succès et que j’étais en bonne santé. Le clinicien a ensuite pris le temps de m’expliquer l’importance d’utiliser une méthode contraceptive afin d’éviter une nouvelle grossesse non planifiée. Après m’avoir présenté plusieurs options contraceptives, j’ai choisi l’injection contraceptive trimestrielle. J’habite à environ 25 kilomètres de la clinique RHU de Bushenyi et, lorsqu’il est temps de renouveler mon injection, j’informe l’éducateur pair RHU de ma région, qui récupère ensuite l’injection auprès de RHU. Cela me permet d’éviter les difficultés liées au transport. L’éducateur pair me l’administre ensuite, puisqu’il a reçu une formation adéquate pour le faire. Cette organisation a très bien fonctionné pour moi, car depuis, je n’ai plus eu de crainte de grossesse. Grâce à l’accès à des soins d’avortement sécurisés auprès de RHU, ma vie a pu reprendre son cours normal et j’ai pu poursuivre mes études sans interruption. J’espère avoir trois ou quatre enfants à l’avenir, mais uniquement lorsque je serai prête mentalement et émotionnellement, après avoir terminé mes études et obtenu un revenu me permettant de subvenir à leurs besoins. Donner aux nouveaux étudiants les moyens d’agir grâce aux informations sur les SDSR Je suis reconnaissante envers l’équipe de RHU et ses éducateurs pairs qui partagent des informations avec les nouveaux étudiants universitaires. Je suis heureuse d’avoir participé aux sessions éducatives sur les SDSR organisées par RHU pendant la semaine d’intégration, car les informations reçues m’ont été précieuses au moment où j’en avais le plus besoin. L’équipe clinique de RHU accomplit également un travail remarquable en aidant de jeunes femmes comme moi à accéder à des soins d’avortement sécurisés et abordables. J’ai payé 70 000 shillings ougandais (19 dollars US) pour l’avortement médicamenteux et l’échographie. C’était un coût abordable, que j’ai pu couvrir grâce aux économies réalisées à partir de l’argent de poche que me donnent mes parents. Depuis cette expérience, je parle aux nouvelles étudiantes à l’université pour les encourager à participer aux sessions d’éducation à la sexualité organisées par RHU pendant la semaine d’intégration. Je leur conseille également d’enregistrer les numéros des éducateurs pairs partagés lors de ces sessions, car elles ne savent jamais quand elles pourraient en avoir besoin. Le nom de Nyakato a été modifié afin de protéger son identité.
Sida réaffirme son engagement à renforcer les droits et santé sexuelle et reproductive (DSSR) grâce à son partenariat avec l’IPPF au Kenya.
Une délégation de haut niveau de l’Agence suédoise de coopération internationale au développement (Sida) a récemment effectué une visite auprès de l’Association membre de l’IPPF au Kenya, réaffirmant son engagement en faveur des droits et de la santé sexuelle et reproductive (DSSR) à travers des approches menées localement et centrées sur les communautés. Par Maryanne W. WAWERU L’Agence suédoise de coopération internationale au développement (Sida), l’un des partenaires donateurs historiques du financement de base de l’IPPF, a réitéré son engagement à soutenir l’IPPF et ses Associations membres (AM) dans la promotion des droits et de la santé sexuelle et reproductive (DSSR). La Suède, à travers Sida, apporte un soutien important à la santé mondiale, aux DSSR et à l’aide humanitaire, et est largement reconnue pour ses niveaux élevés de financements flexibles accordés à ses partenaires multilatéraux. Lors d’une visite à l’affilié de l’IPPF au Kenya — le Reproductive Health Network Kenya (RHNK) — le mercredi 22 avril 2026, Mme Sofia Östmark, Directrice générale adjointe et cheffe des opérations mondiales de Sida, a salué le travail de l’IPPF visant à élargir l’accès aux services essentiels de DSSR, en particulier pour les populations marginalisées, vulnérables et mal desservies. Mme Östmark, accompagnée de Mme Teresa Rovira, Chargée de programme (Développement stratégique), a échangé avec le personnel du RHNK, recueillant des informations sur les efforts essentiels de l’organisation en matière de plaidoyer et de prestation de services — des actions qui ont produit des résultats concrets, notamment pour les femmes et les filles à travers le Kenya. Centre médical REHNET – au service des populations vulnérables La délégation de Sida a également visité le Centre médical REHNET, un établissement adapté aux jeunes situé dans le quartier périurbain de Kwa Ndege, à Embakasi, Nairobi. Ce centre constitue un espace sûr pour les adolescentes mères, les personnes LGBTQIA+ et les travailleurs et travailleuses du sexe, en offrant une large gamme de services de santé et de droits sexuels et reproductifs (DSSR) confidentiels, sûrs et sans jugement. Cette visite a mis en évidence le rôle essentiel des populations marginalisées dans l’écosystème des DSSR, ainsi que l’engagement du RHNK en faveur de l’inclusion, garantissant ainsi que personne ne soit laissé pour compte. Sur le site, l’équipe a découvert Nena na Binti (qui signifie en swahili « parler à une fille »), une initiative innovante de santé numérique offrant une ligne téléphonique gratuite et des services de chatbot via WhatsApp. Nena na Binti met en relation les jeunes, les femmes et les filles avec des conseillers et des professionnel·le·s de santé de confiance, leur permettant d’accéder à des informations et services en matière de droits et santé sexuelle et reproductive (DSSR) de manière rapide, confidentielle et fiable. Grâce à un réseau RHNK de plus de 600 partenaires à travers le pays, y compris dans les zones reculées, Nena na Binti garantit que toute personne dans le besoin puisse accéder aux services, où qu’elle se trouve. En revenant sur la visite, Mme Östmark a souligné que des organisations comme le RHNK incarnent l’essence même d’entités « menées localement et réalisant un travail remarquable au service des communautés qu’elles accompagnent ». Elle a ajouté que « la capacité du RHNK à atteindre les communautés avec des informations et des services adaptés et fondés sur les droits est essentielle pour parvenir à des progrès durables en matière de DSSR ». Le Dr Edison Omollo, Responsable des programmes au RHNK, a quant à lui mis en avant la valeur du soutien de Sida dans la production d’un impact durable. « L’investissement pluriannuel de Sida à travers l’IPPF permet au RHNK de fournir des résultats intégrés, évolutifs, durables et à fort impact en matière de DSSR pour les femmes et les filles au Kenya. Ce financement flexible nous permet de nous adapter aux réalités changeantes des systèmes, dans un contexte de baisse de l’aide et de contraintes fiscales croissantes, tout en soutenant la prestation de services, la promotion des droits, le renforcement des mouvements et la production d’un impact mesurable à grande échelle. » Agenda commune entre Sida et l’IPPF Le partenariat entre Sida et l’IPPF repose sur des engagements communs en faveur de l’équité, des droits humains, de la justice en matière de DSSR et de l’égalité de genre. En investissant dans l’IPPF et, par extension, dans ses Associations membres, Sida soutient la croissance d’organisations locales qui répondent aux défis des DSSR tout en favorisant des changements durables. Mme Mallah Tabot, Responsable DSSR à l’IPPF Afrique, a souligné l’importance du changement porté par les communautés, inscrit dans un mouvement mondial des droits. « Le RHNK est une véritable représentation de l’esprit du mouvement IPPF : ancré localement et connecté à l’échelle mondiale. Nous sommes fiers de servir et de soutenir le travail de nos Associations membres, qui continuent d’élargir l’accès à des services de DSSR de qualité, fondés sur les droits, pour les personnes qui en ont besoin. Nous sommes particulièrement reconnaissants du partenariat avec Sida qui rend ce travail possible », a-t-elle déclaré. Alors que l’IPPF et ses Associations membres continuent de répondre à des besoins en DSSR en constante évolution, notamment face à la montée des acteurs anti-droits et aux mutations des financements, des partenariats tels que celui avec Sida demeurent essentiels pour garantir que les solutions portées par les communautés soient prioritaires, soutenues et durables, et que toutes les personnes puissent être atteintes et servies. L’IPPF agit grâce à des partenariats avec des organisations locales, appelées Associations membres (AM) et Partenaires collaboratifs (CP). Dans la région Afrique, l’IPPF est présent dans 39 pays.
SIX SEMAINES DEJA — UNE REFLEXION SUR LE LEADERSHIP
Par Dr Claudia Shilumani – Directrice régionale, Bureau Régional Afrique de l’IPPF Il existe une forme particulière d’humilité lorsque l’on accède à un poste pour lequel on s’est préparé, tout en réalisant, dès les premières semaines, à quel point il reste encore à apprendre. Je suis arrivée en tant que Directrice régionale du Bureau Afrique de l’IPPF avec plus de deux décennies d’expérience dans les systèmes de santé et le plaidoyer. J’emporte souvent avec moi des cadres d’analyse, des intuitions et des idées. Mais cette fois-ci, j’ai fait le choix délibéré d’arriver en écoutant davantage que je ne parle. Six semaines d’écoute — dans des cliniques, des espaces communautaires, des salles de réunion animées et lors d’appels tardifs en visioconférence — m’ont apporté quelque chose de plus précieux que des dizaines de notes de briefing. Elles m’ont offert une vision d’un mouvement déjà en marche. Fort, éprouvé par les défis, et déterminé à ne pas céder face aux pressions qui l’entourent. Cette réflexion est mon témoignage sincère de ce que j’ai découvert. Ce que j’ai vu à Embakasi a transformé ma compréhension de notre travail Je me suis rendue dans une zone périurbaine d’Embakasi sans m’attendre à être profondément marquée. Je l’ai été. Au centre médical REHNET, géré par notre membre associé, le Reproductive Health Network Kenya (RHNK), j’ai vu des équipes de première ligne fournir des soins aux personnes le plus souvent exclues des systèmes de santé: de jeunes mères confrontées à des choix impossibles, des personnes LGBTQI+ en quête de dignité autant que de soins, des travailleuses du sexe qui méritent sécurité et respect, mais qui en sont trop souvent privées. Grâce à la plateforme numérique de RHNK, Nena na Binti, des jeunes à travers le Kenya sollicitent chaque jour des informations fiables et confidentielles sur la contraception, les soins liés à l’avortement, le dépistage du VIH, les violences basées sur le genre et la santé mentale. Pas occasionnellement. Chaque jour. Ce que j’ai observé n’était pas un service de comblement des lacunes. C’était un écosystème fonctionnel, construit non pas sur l’enthousiasme des bailleurs ou les fenêtres politiques, mais sur des années d’engagement discret et constant, et sur une confiance communautaire qu’il est impossible de fabriquer de l’extérieur. C’est cela que prennent forme la dignité, la communauté et la résilience — non pas comme des valeurs inscrites dans une charte, mais comme des réalités vécues dans une salle d’attente. Et cet écosystème se construit dans un contexte de pression croissante. Les financements se réduisent. Les données de l’IPPF montrent que la Fédération a subi plus de 87,2 millions de dollars de pertes de financement estimées, avec la fermeture de plus de 1 300 points de prestation de services à travers le continent. Les groupes opposés aux droits sont mieux organisés, mieux financés et de plus en plus présents dans les espaces numériques où vivent nos communautés. La pression n’est pas abstraite : elle se traduit par des stocks vides, du personnel surchargé et des jeunes refoulés. Ce qui me guide, c’est la preuve que celles et ceux qui font ce travail ne attendent pas d’être sauvés : ils s’adaptent, innovent et tiennent la ligne. Mon rôle est d’être à leurs côtés, pas devant eux. La confiance est une infrastructure que personne ne budgétise À Nairobi, j’ai rencontré un groupe de partenaires représentant un large éventail de l’écosystème SRHR au Kenya : chercheurs, défenseurs, prestataires de services et jeunes leaders. Ce n’était pas une réunion de parties prenantes soigneusement mise en scène. C’était un échange honnête, parfois inconfortablement franc. Ce qui est ressorti clairement n’était pas une frustration liée au travail lui-même, mais à la manière dont nous travaillons ensemble : fragmentation, stratégies parallèles, information partagée de manière sélective plutôt que généreuse, et une compétition de positionnement dans des espaces où la collaboration servirait pourtant mieux nos communautés. Un point de discussion m’a particulièrement marquée : la confiance entre organisations n’est pas une valeur “douce”, mais une infrastructure opérationnelle. Sans elle, il est impossible de partager rapidement des informations lorsque des acteurs anti-droits avancent, de coordonner le plaidoyer lorsqu’une fenêtre politique s’ouvre, ou de se soutenir mutuellement face aux pressions institutionnelles qui nous concernent tous. L’Assemblée générale 2025 de l’IPPF à Bali a défini une direction claire sous le thème Diriger avec Amour, Agir avec Courage. Notre Charte de valeurs récemment adoptée, issue des voix des Associations membres, nous ancre dans sept engagements: Dignité, Égalité, Justice, Plaisir, Communauté, Intégrité et Résilience. Ces valeurs tracent la manière dont nous devons être en relation les uns avec les autres et avec les communautés que nous servons. Construire cette confiance, de manière constante et sans éclat, est le travail auquel je m’engage dans la région. Le leadership africain ne doit plus être décrit comme « émergent » Il existe un cadrage qui suit depuis longtemps les défenseur·e·s des DSSR en Afrique. Il présente les connaissances africaines, les expériences africaines et le leadership africain comme des réalités en développement, prometteuses peut-être, mais pas encore pleinement abouties. Cela se reflète dans le choix des intervenant·e·s invité·e·s dans les forums mondiaux, dans les recherches qui influencent les cadres politiques, et dans les organisations qui bénéficient de financements flexibles et de long terme permettant une véritable réflexion stratégique. Je tiens à le dire clairement, car je trouve ce constat à la fois épuisant et inexact. Les organisations que j’ai rencontrées au cours de ces six semaines ne sont pas des entités « émergentes ». Elles sont pleinement constituées, stratégiquement sophistiquées et porteuses d’un savoir issu de l’expérience vécue qu’aucun consultant externe ne peut reproduire. Le problème ne réside pas dans leur capacité, mais dans la manière dont les systèmes mondiaux valorisent et financent ce qu’elles ont construit. Le Bureau Régional Afrique de l’IPPF a une responsabilité — que je prends très au sérieux — de veiller à ce que les voix africaines ne soient pas seulement présentes dans les espaces régionaux et mondiaux, mais qu’elles y définissent l’agenda. L’Assemblée générale de Bali a été explicite à ce sujet : nous sommes une Fédération qui reconstruit sa direction stratégique vers 2028, et cette orientation doit être portée depuis la base, et non imposée d’en haut. Le mouvement DSSR en Afrique n’a pas besoin d’être dirigé depuis l’extérieur du continent. Il doit être financé, amplifié et protégé de l’intérieur. Courage, cohérence et suite des travaux Six semaines ne suffisent pas pour apporter des réponses. Elles suffisent toutefois pour formuler de meilleures questions. La question qui me revient constamment est la suivante : dans un contexte marqué par la diminution des ressources, une opposition coordonnée et des évolutions politiques rapides, que signifie réellement « diriger avec courage » ? Pas un courage rhétorique, mais un courage opérationnel. Celui qui se traduit dans les partenariats que nous priorisons, les combats que nous choisissons de mener publiquement, et notre capacité à être honnêtes les uns envers les autres sur ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Lors de l’Assemblée générale à Bali, l’IPPF en tant que Fédération s’est engagée à redéfinir ses priorités stratégiques et à affirmer ses intentions politiques à l’horizon 2028. Pour la Région Afrique, cette orientation doit s’ancrer dans ce que j’ai vu et entendu ces dernières semaines : des communautés qui n’attendent pas, des organisations solides, et un mouvement qui a davantage besoin de cohérence et de ressources que de nouveaux cadres conceptuels. Je ne me fais aucune illusion sur la simplicité du chemin à venir. Le paysage post-APD redessine l’architecture du financement sur laquelle nos partenaires ont bâti leurs modèles. Les acteurs opposés aux droits apprennent les uns des autres à une vitesse qui nous oblige à faire de même. L’agenda de la justice de genre et de l’autonomie corporelle est contesté comme il ne l’a pas été depuis des décennies. Mais je n’ai pas pris ce poste pour gérer un statu quo. Je l’ai pris parce que je crois que les fondations des DSSR en Afrique sont suffisamment solides pour construire quelque chose de plus intentionnel, de plus interconnecté et de plus lucide sur le monde dans lequel nous évoluons réellement. Les femmes, les filles, les jeunes et les communautés marginalisées en Afrique n’ont jamais eu besoin que nous ayons toutes les réponses. Elles ont besoin que nous soyons présents avec intégrité, que nous agissions avec clarté et que nous construisions avec elles — et non pour elles. Six semaines après mon arrivée, c’est ce type de leadership auquel je m’engage. Non pas parce qu’il est confortable, mais parce que ce moment l’exige. Dr Claudia Shilumani est Directrice Régionale du Bureau Régional Afrique de la Fédération Internationale pour la Planification Familiale (IPPF ARO), basée à Nairobi, Kenya. Elle s’exprime ici à titre personnel en tant que Leader et défenseure du mouvement DSSR en Afrique.
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